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LE PRINCE CHARMANT EST UNE GRENOUILLE !

 

Vous en avez rêvez, et enfin le « plus beau jour » de votre vie est arrivé. Vous gardez en mémoire et en photos le souvenir de votre robe de Princesse, de la pièce montée, des fleurs arrangées en somptueux bouquets, du  bal dansant jusqu’à l’aube et surtout l’allure fière de vos parents qui enfin mariaient leur fille .  Trêves de rêveries, une fois les froufrous et les robes de soirées rangées, une autre vie vous attend : la vie de femme mariée. Mais O rage ! O désespoir ! Le Prince Charmant s’est peu à peu transformé en horrible grenouille coassante. Et oui, Maman ne vous avez pas préparée à la période Post-Jour J. Vous savez cette période ou la magie se transforme en une réalité affreuse : « je n’aime pas les tomates », «  si je ne sors pas , tu ne sors pas », « c’est quoi cette robe horrible ! ». Mais ou est donc passé le Prince que vous avez épousé ? Ou est la fée ?  Ou plutôt quelle est la sorcière qui a transformé votre homme charmant en grenouille infâme.

Arrêtez de chercher partout, mais plutôt rendez vous à l’évidence, le mariage c’est plus qu’une journée de rêve et des parents heureux. Bienvenue dans la vraie vie avec ce qu’on appelle le quotidien. Oui en voulant vous marier à tout prix, vous avez omis une donne essentielle à la vie de couple : la gestion du quotidien. En effet, roucouler pendant des années peut se transformer en un cauchemar quand on n’intègre pas la notion de vivre ensemble tous les jours. Il est désordonné, vous êtes maniaque. Il est jaloux possessif, vous êtes hyper indépendante. Vous êtes bavarde, il est plutôt taciturne. Etc. Vous êtres deux individualités condamnées à vivre ensemble pour le meilleur et surtout pour le « pire ». Je ne suis pas négative mais au contraire frappée d’hyper réalisme car un mariage heureux et réussi relève d’un parcours de combattant encore plus ardu que la recherche de « l’homme de sa vie ».

Comment gérer le quotidien ?

Je sais j’ai touché une corde sensible, car vous vous reconnaissez immanquablement dans cette description- et si vous la trouvez surannée, présentez moi vite le  frère de votre homme ! -. Alors à quoi se résume le quotidien ? Reprenons ensemble l’emploi du temps d’une journée type et vous aurez l’esprit clair :

 1-Le réveil : Et oui, le moment tant attendu et redouté est arrivé, l’œil  hagard, les traits tirés, la bouche pâteuse vous vérifiez s’il est encore endormi pour vous levez sur la pointe des pieds , vous asperger le visage d’eau florale et vous gargariser de Listerine. Si le Prince Charmant perd de sa superbe qu’il n’en soit pas de même pour la Princesse. A vous de faire un grand sourire lorsqu’il se réveille avec la tête de Shrek (géant au grand cœur) et l’haleine pas très chevaleresque. Après tout l’amour est aveugle et peut être aussi insensible aux odeurs.

2-Le partage de la salle de bain : Madame ne pouvait pas imaginer qu’un homme reste plus longtemps qu’elle dans la salle de bain et qu’il la laisserait dans un état oscillant entre la mare au Canard et une piscine. Alors là non ! non ! et re-non ! Faites comprendre à Doudou que vous êtes son épouse , pas sa mère ni sa bonniche alors vous voulez bien lui changer ses serviettes mais de là à  passer la serpillère après chacun de ses passages…

3-Le choix des vêtements : Finalement assortir la cravate au costume et à la chemise est une opération bien plus complexe qu’assortir un slip et un soutien gorge. Sans oublier le super 150’ qui ne doit ni briller, ni avoir un seul pli. Un conseil : recruter un expert en repassage. Et aider le à choisir en lui suggérant une couleur :Bleu, rose, marron ou gris. Impliquez  vous dans son processus de sapologie. Et oui, ils sont coquets en plus.

4-Le petit déjeuner : Avant vous pouviez sauter le petit déjeuner ou vous prélasser devant la télé. Tout a une fin. Vous pensiez avoir épousé un homme adulte et responsable. En fait c’est un gros bébé qui attend que vous fassiez tout pour lui , alors secouez vous et servez le , accompagnez le à table. Cendrillon ne vous avez pas dit tout ça…

5-La logistique : Il déteste que vous touchiez à sa voiture. Zut ! Vous pensiez tout partager . Et bien non les maris n’aime pas prêter leurs voitures. Alors faites vous déposer, faites vous offrir une voiture ou recruter un chauffeur. Comment vous le prendriez vous, s’il vous empruntait votre sac fétiche. Ben voilà !!!

6-Le management du ménage : Il jette tout sens dessus dessous et vous devez absolument aller au bureau ? Dilemme … soit vous former la nounou (de préférence, vieille, moche et rabougrie), soit vous rentrez plus tôt. Désolée mais ce sont les joies du mariage. Ou alors vous pouvez faire le jeu de la résistante et laisser tout en l’état, mais je ne vous le recommande guère car ce sont les enseignements de Maman qui risquent de s’en trouver égratignés.

7-Le choix des menus de déjeuner et diner : « Je ne mange pas la cuisine des bonnes » …Oh la la catastrophe en la demeure ! Vous n’aviez pas prévu autant de féodalité venant d’un garçon aux manières si polies (du verbe polir bien sûr). Le MBA aux Etats Unis ne l’a pas transformé, mais alors là pas du tout. Astuces : savoir ce qu’il aime ou pas et mettre le développement de votre côté. C’est ainsi que Tupperware, congélateur et Micro-onde retrouvent leurs lettres de noblesse. En effet préparez deux fois par semaines –avec l’assistance technique de votre nanny- stockez dans les tupperware, congelez les et avec la magie des ondes, le tour est joué. Vous pouvez quand même faire faire le foufou et le riz, n’est-ce pas ?

8-L’heure du retour : Ah canapé mon canapé comme il me plaisait de me vautrer en ton sein à chaque retour à la maison. Réveillez vous, cette période est révolue – sauf quand il voyage-, à moins que vous ne vouliez être taxée de femme paresseuse ? Non, c’est bien ce que je pensais. Quand on a un mari, on a une maison à gérer, pas de temps pour la bagatelle appelée farniente. Allez au boulot !

9-Le repas du soir : Rebelote scénario du petit déjeuner mais en plus long et plus stressant, sans oublier les invités non attendus. Donc une fois de plus gestion domestique oblige. Bon vous avez des plats au congélateur n’est-ce pas ? Alors de quoi vous plaignez vous. Une maitresse de maison africaine doit savoir gérer les imprévus et l’imprévisible. Au secours maman ! Cest fini vous êtes Madame X et c’est lui le pourvoyeur maintenant – pardon les féministes mais la réalité à la maison  n’est pas très égalitaire-.

11-La télécommande -objet de discorde- : Soirée Foot sur Canal , ou débat politique à la RTNC quand il y a la nouvelle saison de  Greys Anatomy qui bat son plein …Oh misère ! Mais le pire c’est qu’il vous veut à ses côtés. Que d’émotions ! Ecoutez ce n’est pas la fin du monde et puis il y a des dvd clubs. Ok ?

12-Le cellulaire – objet diaboliquement indispensable-: On ne parle pas au cellulaire avec les copines pendant des heures quand chéri est là, on ne tripatouille pas son Blackberry, ou son Ipad. Mais ce qui vaut pour nous vaut pour lui. Comment l’en dissuader ? Faites tout ce qu’il fait avec la même intensité que lui et observez le du coin de l’oeil. S’il se plaint alors réponse presque gentille, «  mais chéri comme tu étais occupé avec ton téléphone, j’en ai profité ».Hum ? Il aura bien vite compris le message. Autre chose, on évite –autant que faire se peut- de fouiller le cellulaire de l’autre. Evitons les migraines, après tout il vous a épousé en bonne et due forme alors zen attitude. Vous êtes au contrôle.

13-La Salle de Bain bis (rebelote) : remake du matin ; essayez peut être de prendre une douche à deux, de lui mettre de la crème sur le dos et plus si affinités…interdit aux moins de 18ans.

14-Histoires Nocturnes : Il dort tôt et vous êtes une couche-tard ? Décidément les romans à l’eau de rose devraient être interdits à la lecture car ils ne vous ont pas préparé à ça. D’ailleurs votre mère non plus. Vous avez encore envie de lire et lui vous veut à ses côtés quand il va se coucher – à la même heure que les poules-. Coupez la poire en deux : gardez vous une ou deux  soirée lecture ou solitaire et pour les autres rejoignez votre aimé. Savez vous que le monde pullule de femmes célibataires qui rêveraientt d’avoir un mâle dans leur lit. Et puis quoi, s’il ronfle ?

Alors Princesse armez vous de courage, de bonne humeur et surtout de plein d’amour car le Prince Charmant comme vous l’avez compris, est une grenouille.

©Naboulove  PARU DANS KABIBI MARS 2011

Concubinage : Le péché mignon par Nadia AYADI (Tunisie)

Concubinage : Le péché mignon par Nadia AYADI (Tunisie)
 
Plus qu’un phénomène de mode, plus qu’un style de vie, le concubinage est un véritable fait de société dans le monde. De plus en plus de couples optent pour l’union libre selon un choix philosophique ou financier. En occident, le concubinage a un statut et les couples le vivent au grand jour sans aucune contrainte sociale ou juridique. Chez nous, il est interdit par la religion et, sans l’être expressément par la loi, il peut tomber sous le coup de certaines infractions pénales… Le droit de la famille repose exclusivement sur l’institution du mariage. Ainsi il ne saurait y avoir de place pour un mode de vie qui n’aurait pas reçu une consécration légale… Pourtant, assez discrets, les concubins existent, localisés en majeure partie en milieu urbain et caché dans la sphère du privé. Qui sont ces concubins ? Femmes et Réalités a osé lever le voile sur un phénomène réel, encore tabou dans notre société, mais paradoxalement “toléré” chez une frange de la population.  
 
“Mon aide ménagère ignore que je ne suis pas mariée avec Moncef. Je ne sais pas ce qu’elle penserait de moi et préfère éviter de le lui dire.”  
 
Sihem fait partie de ces nouveaux couples qui ont décidé de vivre ensemble pour voir si ça pouvait marcher. Une sorte de “stage” en attendant le jour J. Ailleurs cette situation est légale et cela s’appelle concubinage! “Chez nous, cela est assimilé au “haram” dans la mesure où un couple doit être uni par les liens sacrés du mariage”, affirme Amel décontenancée. En plus c’est puni par la loi ! ”.  
 
Rien à perdre, tout à gagner  
 
Cependant, d’une façon générale, les concubins se désintéressent de la loi et la loi se désintéresse d’eux. Les tribunaux ignorent le concubinage qui peut toujours être librement rompu.  
 
Omar a trente cinq ans bien sonnés. Avec dix ans de carrière dans une multinationale, il a tout pour fonder une famille: appartement, voiture, avenir…mais il ne saute pas le pas pour officialiser son union avec Zohra cadre dans une institution. Pourtant, ils vivent ensemble depuis 3 ans. Il nous confie que le mariage lui fait peur: “j’ai vu autour de moi plusieurs de mes amis divorcer après moins de trois ans d’union. D’autres sont à couteaux tirés avec leurs femmes. Je préfère vivre une union libre que de courir le risque de mener une vie de couple désastreuse. Je vis sans les contraintes du mariage. C’est une situation confortable pour le moment. Si je ne m’entends plus avec ma compagne, chacun partira de son côté sans les tracasseries juridiques…”.  
 
A ce niveau, le concubinage semble simple : on s’aime, on vit ensemble et si par hasard cela ne devait plus marcher on se quitte. Quant “on se quitte”, ce sont souvent les hommes qui le font sans se soucier vraiment de la souffrance des compagnes qui, en général, lassées d’attendre le prince charmant se sont mis en ménage dans le but d’aboutir au mariage.  
 
Fatma et Lotfi s’aiment d’amour tendre. Elle est médecin, lui professeur de mathématiques. Ils s’aiment tellement qu’ils décident de se marier. En attendant le grand jour, ils vivent ensemble dans un vaste appartement. Ils sont adultes, majeurs, vaccinés et indépendants financièrement. “Mon père vit à l’étranger et ma mère, qui est universitaire, est au courant de ma relation. Elle est assez ouverte et cherche surtout mon bonheur. Elle n’a pas de tabou et moi non plus”. Qui donc peut s’opposer à ce choix? Et, surtout, pourquoi ? Pour l’amie de Fatma “étant donné qu’ils sont intelligents, cultivés ayant beaucoup de respect l’un pour l’autre et surtout qu’ils ont suffisamment réfléchi avant de faire ce pas, alors où est le problème? D’ailleurs y en a-t-il un?”.  
 
Le concubinage devient ainsi le principal mode d’entrée dans la vie de couple. La plupart des couples vivant ensemble, l’union libre n’est pas un choix de vie mais un tremplin vers le mariage. Quelque temps plus tard, le frère de Lotfi tombe amoureux et se fiance avec Houda étudiante. En attendant le mariage, pourquoi ne pas faire comme Fatma et Lotfi ?  
 
Un essai de vie commune  
 
Beaucoup se marient au bout de quelques années et, plus rarement, lorsqu’ils attendent un enfant. “Mon mariage a été accéléré l’année dernière parce que j’étais enceinte. C’était le facteur déclenchant pour officialiser notre relation”, affirme Sonia 36 ans, informaticienne.  
 
Il est à noter par ailleurs que le mariage précoce a quasiment disparu dans notre pays. D’après les statistiques, l’âge moyen du mariage des femmes est passé, en Tunisie, de 19 ans en 1956 à 27,8 ans aujourd’hui. Deux raisons majeures seraient à l’origine de ce phénomène. Tout d’abord la scolarisation massive et les études poussées des tunisiens. Les difficultés socio-économiques, bien réelles, ne sont qu’une raison apparente du retard du mariage. La dimension psychologique, une certaine appréhension de l’union, pour la simple raison qu’on ne veut pas rater son mariage: on prend toutes les précautions quitte à faire un essai de vie commune avant le mariage. Ce constat est valable surtout dans la capitale et particulièrement au sein des couches aisées. Quant on est issu d’un milieu instruit et relativement nanti, on a tendance à vouloir réaliser un modèle: vivre ensemble pour mieux connaître son partenaire et réaliser le mariage auquel on aspire.  
 
Mais on oublie souvent que vivre à deux sans contrat de mariage revient à vivre dans l’illégalité. A la peur du qu’en dira-t-on et de la sanction familiale s’ajoute l’angoisse d’être démasqué. Thouraya, 35 ans, est documentaliste dans un hôpital, elle vit chez Sami, séparée de sa femme étrangère et en instance de divorce. “Mes parents habitent dans le Sahel et ne savent pas que je vis avec un homme. Ils seraient choqués. Nous essayons d’être le plus discret possible, nous ne recevons pratiquement pas la famille et nous ne cherchons pas les problèmes”.  
 
Malgré tout, ils sont las d’être tout le temps sur leur garde. Ils sont ensemble par amour et s’ils ne sont pas encore mariés, c’est parce que la procédure de divorce de Sami dure encore.  
 
De la tolérance quelque part  
 
Les cohabitions commencent de plus en plus tard chez nous. La plupart s’établissent progressivement dans un logement qui devient commun: le processus commence en passant épisodiquement une nuit ensemble, puis l’un amène de plus en plus d’effets personnels chez l’autre pour finalement ne plus repartir. “Le fait d’être amoureuse est à l’origine de ma relation avec Fathi. Je suis née en France et mes parents y sont toujours. Alors que j’étais en vacance en Tunisie, j’ai connu Fathi chez une amie. Il était alors son compagnon. L’année d’après, en revenant pour les vacances, j’ai retrouvé Fathi par pur hasard dans une soirée. Il avait rompu avec mon amie et, comme il me plaisait, je me sentais plus à l’aise pour me laisser draguer. Depuis trois ans, je vis avec lui et j’ai eu la maladresse d’en parler à mes parents pour justifier mon non-retour auprès d’eux. Malgré leur ouverture d’esprit, ils me harcèlent depuis, pour que je fixe une date de mariage”. Opter pour la vie à deux nécessite malgré tout une sacré dose de courage dans notre société, même s’il est quelque peu tolérée.  
 
Wahida et Mourad ont le soutien de leurs frères qui n’y voient aucun inconvénient. “Nous vivons comme un vrai couple. Nous sortions ensemble depuis une année. Depuis quelque temps, Farid s’est installé chez moi. Nous avons l’intention de nous marier cet été”.  
 
Wafa et Salim ont appris à se connaître, ils se sont découverts mutuellement au fil des jours. Ils font les courses ensemble, partagent les tâches domestiques, définissent le budget du mois… Les choses se sont mises en place petit à petit. “J’ai découvert Salim dans les différents moments de bonne ou de mauvaise humeur. Ce n’est pas toujours facile. Actuellement nous avons la certitude de notre amour. Au début, nous avons tendance à idéaliser l’autre parce que l’on ne sait pas grand-chose de lui. Par la suite, on se découvre et on apprend à l’aimer tout entier. Un rythme de vie à deux s’est installé progressivement”.  
 
Un pas vers le mariage  
 
Une seule ombre au tableau de Wahida : “Mon entourage me rappelle tous les jours que je suis dans l’erreur parce que je ne suis pas encore mariée”.  
 
Même si ce n’est plus la famille qui est prédominante dans le choix du conjoint, l’homme a toujours le beau rôle pour officialiser sa relation quand bon lui semble. Quel que soit le niveau de la femme, celle ci espère toujours que son compagnon s’oriente vers le mariage. La famille a tendance également à laisser faire les enfants qui acquièrent de plus en plus d’autonomie, qu’ils ont du mal à gérer parfois, pour des raisons matérielles mais aussi pour des raisons sociologiques Le choix prend du temps avec cette tendance à cohabiter auparavant. Est-ce à cause de la démission de la famille? Les unions en dehors du cadre du mariage seraient d’autant plus alléchants que les jeunes auraient tendance à se détourner du mariage? Noura, universitaire, considère “qu’il y a des gens qui s’engagent sans se marier et des gens qui se marient sans s’engager”.  
 
Dans les cités populaires, le concubinage est beaucoup plus secret que dans les quartiers huppés. Si, dans ces derniers, une certaine permissivité existe et les couples concubins ont moins de contraintes sociales, dans les cités populaires, il est très mal vu, voire carrément rejeté et gare aux audacieux. Pourtant des couples le vivent, dans ces mêmes cités tout en donnant, aux voisins, l’aspect d’un couple légalement marié. Tel le cas de Hafsia, venue du Nord Ouest pour travailler en tant qu’aide ménagère. Sa relation avec Mokhtar, célibataire, la conduit au concubinage pour résoudre tout d’abord un problème économique mais aussi social dans la mesure où elle est considérée dans le quartier comme femme mariée, et jouissant de ce fait d’une plus grande liberté et de protection. Cela ne l’empêche pas de remplir son devoir envers sa famille en envoyant mensuellement un salaire à son père. Ce dernier, semble t-il, serait même au courant de cette relation illégale. Il aurait décidé de se résigner en attendant le jour où sa fille convolera enfin en juste noce, faisant taire les rumeurs dans le village.  
 
Le bonheur à deux  
 
Le concubinage peut également être une solution pour les personnes ayant connu l’échec du mariage. Ainsi, Mounira, 48 ans, responsable d’une unité de confection, est divorcée depuis cinq ans. Elle a connu Mohsen, 57 ans, dirigeant de sa propre entreprise de textile, également divorcé. Ils se sont rencontrés dans le cadre du travail et une idylle est née progressivement. “Il m’a beaucoup aidée alors que mon unité de confection connaissait de graves problèmes de gestion. Grâce à lui, l’affaire est de nouveau sur pied et connaît même des résultats très positifs. Je vis depuis avec lui et je ne pourrais jamais le laisser tomber. Même si nous connaissons de temps à autres de petits conflits, nous gérons le contentieux avec sagesse et je ne me déchaîne plus comme lorsque j’étais mariée”.  
 
Quant à Mohsen, il affirme: “C’était clair dès le départ, nous sommes ensemble pour l’échange et profiter de la vie. Nous n’avons rien d’autre à construire que le bonheur à deux ! ”  
 
Notre enquête nous a permis de découvrir également une forme insolite de concubinage. Après avoir été divorcés pendant 12 ans, Safia et Abdelhamid se sont remis de nouveau en ménage. Aujourd’hui, ils vivent ensemble depuis cinq ans. Safia raconte “que l’homme duquel elle a divorcé se comporte aujourd’hui autrement“. Durant le mariage, les problèmes financiers et la routine ont détruit notre couple. Avec le temps, nous avons acquis une autre forme de maturité. Aujourd’hui, nous redécouvrons notre sensualité. Notre plaisir en tout est totalement différent. Nous avons l’impression de vivre une formidable aventure. Nous vivons pleinement notre relation et, à notre âge, nous n’avons plus rien à prouver. Nous sommes libérés des inhibitions sociales et nous ne ressentons nullement le besoin d’officialiser notre relation. Nous avons retenu la leçon. C’est comme si notre concubinage était la continuation de notre mariage”.  
 
Cependant, dans notre société, on constate statistiquement que seul le mariage constitue la concrétisation de l’engagement. De l’avis de toutes les femmes qui ont témoigné, il est bien plus solide que la cohabitation parce qu’il permet aux couples de résoudre leurs difficultés en ayant l’assurance que les conflits ne remettent pas en cause leur projet initial. Le concubinage varie selon le monde de vie urbain ou rural et le milieu social. Toutefois, pour le moment, le mariage demeure le modèle le plus dominant même s’il intervient de plus en plus tard.