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Vive la fin de la fête du pagne !

 “Les droits que nous voulons:
Nous voulons choisir notre mari
Nous voulons être propriétaire de nos terres
Nous voulons aller à l’école
Nous ne voulons plus être excisées
Nous voulons prendre nos propres décisions
Nous voulons être respectées dans le monde de la politique, et en tant que chefs de file.
Nous voulons les mêmes chances” – Rebecca Lolosoli

Qu'est ce qui n'a pas marché ? 

C’est la question tragi-comique que je me pose en argot ivoirien quand je vois la tournure festive et ludique que prends le 8 mars dans nos contrées ensoleillées. Chaque année de Kinshasa à Abidjan et Douala à Cotonou, les mêmes scénarii se répètent : choix d’un uniforme, d’un lieu de retrouvailles et d’un programme pour divertir les femmes pendant cette journée qui nous est dédiée.  Beuveries, retrouvailles entre filles et causeries stériles prennent parfois le pas sur le vrai sens de cette journée. Où sont donc nos héroïnes qui ont soufferts sang, sueur et larmes pour nos droits ? Je vois d’ici le regard moqueur de Mariama Ba, la moue dédaigneuse de Jacqueline Ki Zerbo , le nez de Cléopâtre qui s’allonge et l’air interrogateur de Taytul Beytoul .

Je me souviens que ma première année à Kinshasa,  j’ai reçu une rose rouge ainsi que toutes les femmes de l’entreprise où je travaillais pour cette célébration.  J’ai dit merci,  béatement où plutôt bêtement contente. Pourtant, ce n’est pas la Saint Valentin… Mais enfin faisons les taire en leur offrant des fleurs, ainsi elles ne revendiqueront plus rien. Etait-ce le message sous-jacent ?

Au Grand Hôtel de Kinshasa les salles louées par des entreprises sont prises d’assaut par des femmes en pagnes uniformes qui s’apprêtent à faire la fête sur fond de rumba arrosé de bières locales.  A Abidjan, les VIP se regroupaient sous des tentes autour des autorités compétentes.  Nos gesticulations sont bien lointaines du discours de Sankara : « Il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée».

Sommes-nous libérées ? Le nous que je représente est-il la majorité ? De nombreux progrès ont été faits certes mais le chemin à parcourir reste encore long vers l’accomplissement de l’objectif de développement 5 (ODD5) qui est de « parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et filles ».

Pour ce qui est du 8 mars, je sens une implication citoyenne des femmes avec la multiplication d’ événements responsables avec du contenu et des messages forts porteurs de vrais plaidoyers en faveur des femmes.

Quid des femmes rurales? 

Elles représentent la majorité silencieuse, 70% et pourtant ne possèdent que 20% des terres. Cette inégalité trouve son origine dans le droit coutumier qui favorise principalement la succession en faveur des hommes, fils où frères des défunts. Les veuves sont souvent lésées et exploitée par la belle-famille.

Et les femmes réfugiées? 

En 2018 77% des 57.000 réfugiés ayant fuis les conflits dans l’Est de la RDC vers l’Ouganda sont des femmes et des enfants (UNHCR). Celles-ci sont à la merci de l’insécurité, du manque d’hygiène et surtout de facilités pour la gestion de leurs règles. Leurs enfants n’ont pas accès à l’éducation ni aux soins de santé basiques. Démunies et déshumanisées les femmes réfugiées sont à la merci des violences, des meurtres et de la misère.

Quid des fillettes excisées ?

Voici les statistiques effarantes des femmes ayant subi une mutilation génitale (MGF): Somalie 98%, Guinée 97%, Egypte 91%, Mali 89%, Burkina Faso 76% , Sénégal 26%. (Unicef). De nombreuses initiatives sont à l’œuvre et sur le pied de guerre sur le continent. La lutte continue sans relâche pour le changement des mentalités.

Des jeunes filles mariées de force ? Au Burkina 52% des filles de moins de 18 ans se marient et au Sahel ce sont 87,1% de filles de moins de 18 ans.(unicef ). Une très belle initiative cette année au Burkina avec le lancement de la campagne « Ne m’appelez pas Madame » dont la grande chorégraphe engagée Irene Tassembedo est partie prenante.

A quand la fin de la culture du viol ?

L’Afrique est le continent où on viole le plus les femmes. Les statistiques ne sont pas de 100% comme voudrait le faire croire Mme Blair dans sa déclaration dégradante et insultante où elle affirme que la première relation sexuelle d’une femme en Afrique est un viol. Selon le rapport «  World’s women 2015 : trends and statistics » des Nations Unies, 37% des Africaines auraient subies une violence sexuelle dans sa vie. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces viols ne sont pas limités aux zones de conflits mais concernent aussi les villes. Il est de briser le silence pour que stoppent les viols conjugaux et l’impunité qui prévaut dans de nombreux pays d’Afrique.

Le fait que le Dr Mukwege ait été primé du Prix Nobel de la paix contribue à lever le voile et conscientiser le monde. Mais le viol comme arme de guerre reste une pratique répandue sur le continent en cas de conflits et d’instabilité.

 
Et les femmes battues ? 

Au Sénégal 5680 cas de violences conjugales ont été enregistrés entre 2017 et 2018 dont 52% dans la sphère domestiques et 70% de cas de coups et blessures volontaires. 54% concernent des violences sexuelles et 24% des violences verbales. (Comité de lutte contre les violences faites aux femmes Sénégal).

 
Qu’en est-il de la gestion de l’hygiène menstruelle ?

Selon une étude de l’ONG Plan International, en Afrique 1 fille sur 10 ne va pas à l’école à cause des menstrues qui sont donc un frein à leur éducation. Stigmatisation, omerta, manque de structures d’hygiènes décentes et de moyens pour se procurer des protections décentes sont autant de raisons qui fragilisent les études des jeunes filles. Eduquer, Informer, disponibiliser les serviettes périodiques tout en tenant compte de l’environnement est un challenge que nos autorités doivent prendre en compte. De même il convient d’adresser les problématiques liées à l’hygiène menstruelle dans les politiques d’éducation nationale de notre continent. Le ministère de l’éducation nationale du Burkina a lancé un projet pilote en partenariat avec l’Unicef en 2016, aux fins de fournir des outils d’apprentissage à la gestion de l’hygiène menstruelle aux Ecoles. Ce type d’engagement devrait s’étendre sur le continent pour sensibiliser les adolescents des 2 sexes aux réalités de la menstruation.

Il n’y a aucun garçon qui est assez beau ou intéressant pour vous empêcher de vous éduquer. Si je m’étais souciée de qui m’aimait bien ou de qui me trouvait mignonne quand j’avais votre âge, je ne serais pas mariée au Président des États-Unis aujourd’hui. Michelle Obama

 
Sankara notre héros féministe 

Lorsque la Ministre Laurence Marchal du Burkina a supprimé la célébration de la journée internationale de la femme au Burkina en 2018, j’ai applaudi. Sankara venait de ressusciter pour la énième fois dans mon esprit. Le plus féministe des Africains était ainsi honoré. 

Nous sommes de plus en plus conscientes de l’importance du 8 Mars et de notre impact auprès de la majorité. Nous prenons nos responsabilités pour aider à transformer positivement la société aux fins d’élever les autres vers nous. Au Gabon, invitée par l’association des Mille et Une présidée par le Dr Assélé Nicole, j’ai pu voir le travail qui est fait sur le terrain pour sensibiliser la femme Gabonaise et l’informer de ses droits. En Côte-d’Ivoire des associations telles qu’Actives et Séphis respectivement dirigées par Karidjata Diallo et Séfora Kodjo œuvrent pour changer les conditions des femmes sur le terrain. Actives a mis en place une charte contre les violences basées sur le genre et travaille sur un concept dédié à la protection des femmes violentées. Sephis organise annuellement des tournées nationales pour former des jeunes femmes au Leadership. Au Sénégal Jeader désenclave les jeunes entrepreneurs en leur offrant des ressources non financières précieuses : réseaux, informations cruciales, formation, etc.

Wimnet mon initiative personnelle œuvrent dans le renforcement de capacités de femmes voulant consolider leur TPE où PME et s’organise pour sensibiliser les populations à la gestion de l’hygiène menstruelle dans le Sahel.

Au Mali, je salue le travail acharné de Mme Bouaré Directrice du Wildaf qui se bat sans relâche sur tous les terrains où la femme est fragilisée. Et croyez-moi, le terrain est vaste.

La liste est longue, mais pas encore assez, contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y a pas assez de soutiens aux femmes et aucune association n’est de trop.

Les entreprises de plus en plus invitent des speakers autorisés pour influencer et inspirer positivement les femmes qui souvent n’osent pas s’imposer. Les mentalités changent et l’état d’esprit est en cours de transformation.

   

Les informations sont l’apanage des élites formées. Et non, nous ne sommes pas la majorité. Nous sommes juste les plus visibles, les plus bruyantes et les plus connectées.

Nous avons libéré la parole, nous osons un peu plus, nous aspirons à occuper des postes au sein de conseils d’administration, nous écrivons des livres, dirigeons des entreprises  mais qu’en est-il de la majorité silencieusement bruyante avec ses réalités douloureuses? Loin des Cabas en pagne de  Douala et des festivités des grosses entreprises de Dakar et Kinshasa.

La fête du pagne se substitue progressivement  à des discussions de fond sur les vrais problématiques de femmes Africaines : le mariage précoce, les mutilations génitales, les violences liées au genre, l’accès à l’éducation, la précarité …

Nos devancières ont toujours luttées pour les autres, pour celles qui n’ont pas la parole et ne peuvent pas se défendre.  Notre rôle n’est plus de gesticuler en pagne en nous autoproclamant championne de la défense des droits des femmes :

La journée internationale des droits de la Femme n’est ni la Saint-Valentin,  ni la fête des mères mais plutôt une journée où l’on devrait se pencher sur nos droits .Où en sommes-nous? Quel chemin reste-t-il à parcourir pour l’accès aux soins de santé,  à la connectivité,  au choix, à l’éducation, à la sécurité ?

Quels sont nos droits en tant que femmes ? Comment faisons-nous pour combler le gap?

C’est  à nous d’informer et d’éduquer  nos filles, nos sœurs,  nos fils, nos maris, de les sensibiliser afin de nous rapprocher le plus possible des ODD notamment les numéro 5, 6 , 7 qui touchent le plus les femmes d’Afrique Subsahariennes .

Après un 8 mars épique et mouvementé dans la capitale, nous avons toute l’année pour aller en zone rurale, péri-urbaines ou dans des lycées et délivrer des messages d’espoir à nos sœurs, filles et mères résignées et résilientes pour leur dire que nous menons leur combat pour plus d’eau, de santé,  d’éducation et d’équité.

Ce n’est plus la fête du pagne mais la journée qui marque le début d’une année placée sous le sceau du combat pour plus de justice pour les femmes au sein de nos sociétés. Et rien ne nous empêche de le faire en portant le pagne tant que nous ne perdons pas de vue nos objectifs.

Le mariage n’est pas une chaine. C’est une adhésion réciproque à un programme de vie. Et puis, si l’un des conjoints ne trouve plus son compte dans cette union, pourquoi devrait-il rester? Ce peut-être Abdou, ce peut-être moi. Pourquoi pas? La femme peut prendre l’initiative de la rupture

.”Il faut inciter la femme à s’intéresser davantage au sort de son pays. Même toi qui rouspètes, tu as préféré ton mari, ta classe, les enfants à la chose publique. Si des hommes seuls militent dans les partis, pourquoi songeraient-ils aux femmes? La réaction est humaine de se donner une large portion quand on partage le gâteau

Mariama Ba

©Naboulove Mars 2019