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Il est temps de Briser le silence : Cri du cœur de la Journée Internationale de la femme

Faisant fi des études et des chiffres, je souhaite simplement que du confort de nos maisons et dans la sécurité de notre routine quotidienne  l’on se souviennent des Françoise, Honorine, Marie ,des mères des sœurs, des filles qui n’aspiraient qu’à vivre une vie normale. Mais un jour , leurs villages« Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier.» MLK

J‘ai une histoire à raconter, une mémoire à partager, des témoignages à pérenniser et ce, pour que, comme moi chaque jour au moment de la journée ou vous vous plaindrez de l’eau qui manque ou des coupures d’électricité et autres désagréments de notre quotidien Kinois,  vous pensiez à ces centaines de milliers de femmes qui sont meurtries physiquement et moralement par les hordes de violeurs qui sévissent à l’est de la RDC –entre autres-.

et maisons ont été investis par des chevaliers de la Haine, miliciens ? militaires ? FDLR ? FARDC ? Une chose est sure, ce sont des barbares déshumanisés qui menacent , violent et tuent sans distinction d’âge. Dans ma mémoire reste gravée à jamais le témoignage radiophonique d’une femme de 80 ans qui d’une voix lente, chargée d’émotions et de douleur  racontait comment des monstres à visage humain l’avait violée  à 10 ou 15 , elle ne savait plus…Ils l’avaient laissé pour morte sur le bas côté… D’autres femmes violées et battues sont capturées puis retenues captives comme esclave sexuelle pendant une durée indéterminée. «  Johnny mad Dog  »  et «  Blood Diamonds »  ne sont pas que des films de fiction. L’horreur n’arrive pas qu’au Liberia , ou en Sierra Léone… Elle existe là dans les limites de nos frontières…Elle interpelle le monde entier : Hilary Clinton, Margot Wallstrom, Ben Affleck, Charlize Theron, Rosario Dawson, etc.etc.  En effet vous reconnaissez là de grands noms  de Hollywood  ou des antres du pouvoir, qui malgré leur emploi du temps chargé se rendent régulièrement au Kivu pour soutenir ces femmes et surtout l’action de Vday dans cette région. Cette association de défense de droit des femmes créée par Eve Ensler , dramaturge fémininiste qui a ouvert la “Cité de la joie” à Bukavu dont la première promotion de femmes formées et reconstruites physiquement et émotionnellement  par une équipe de personnes dévouées est sortie le 28 Janvier 2012. Quel écho à Kinshasa ?  Aucun…Juste le silence

« A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. »Martin Luther King Jr

Nous sommes toutes coupables,  pas seulement nous les femmes du Congo mais les femmes d’Afrique en Général … Je suis loin d’être une activiste, ou une experte en la question mais finalement je ne me plus continuer à faire semblant. Comme si les viols qui sévissent ici  et là ne me regardaient pas. J’écrit peut être pour partager ma culpabilité –car je suis loin d’être innocente…- . De nombreux articles traitent de la malédiction des minéraux, des rapports d’experts analysent en profondeur les incidences de la guerre du Rwanda, et autres faits marquant de l’histoire récente et contemporaine du pays. Alors je ne me hasarderai point à répéter des faits, des statistiques, des rapports. Mais il est important de rappeler l’impunité flagrante dont bénéficient les coupables de ces crimes , il apparait que moins de 5% des cas recensés ont été jugés[1]…Nombreux sont ceux qui circulent librement s’adonnant à toute sorte de trafics. Doit-on continuer à se taire, à aller aux mariages de la haute société, manger dans les grands restaurants et faire le tour du monde en classe affaire en fermant les yeux sur ce qui se passe juste au coin de la rue. Non . Il est temps de refuser la fatalité et ne serait-ce qu’admettre le fait  que la situation est révoltante, en discuter entre amies, sensibiliser nos frères, maris, pères et fils dont l’image pâtit en premier lorsque le Congo est qualifié de « Pays le plus dangereux pour les femmes »…Brisons le silence , essayons au moins d’agir car quand on sait que 40% des coupables de viols sont des civils[2] , on ne peut plus se sentir indifférente car les civils sont parmi nous. Je me demande comment ai-je pu vivre aussi longtemps dans un pays sans que ma conscience soit perturbée par ces actes de Barbaries décriés de Londres à Sydney en passant par Washington et Genève ?

Néanmoins avec  du recul – sursaut de ma conscience torturée- je suis peu fière à chaque fois lors d’un voyage à l’étranger, je dis aux gens que je vis en RDC et que lorsqu’ils semblent inquiets pour moi , je réponds avec assurance et contentement « mais non je vis à Kin, et tout va bien » … Et pourtant la RDC a été tristement baptisée «  Capitale Mondiale du Viol » … Alors comment puis je répondre que «  tout va bien ». Alors que pendant que « je vais bien » dans ma vie 48 femmes[3] se font violer chaque heure dans le pays ou selon moi « la vie est belle ». Et ces statistiques sont plus que des chiffres ce sont des vies brisées, des femmes qui en viennent à vivre avec la haine de soi , des épouses , des sœurs, des filles, des mères rejetées par leur communauté parce qu’elles ont été souillées. Des destins qui ont basculés du fait de la folie des hommes…

Mais lors de mes lectures , ce qui m’a le plus alarmé, c’est la progression de cette gangrène qu’est le viol dans la société Congolaise. En effet , des études ont montré que la barbarie s’est étendue au-delà des zones de conflit et qu’elle touche de plus en plus  les femmes dans les zones urbaines , notamment à Kinshasa  qui sont abusées par un mari , un voisin, un parent[4]

“Ces femmes au Congo, mendient juste pour vivre , elles ne mendient pas de l’argent, seulement le droit de vivre en sécurité dans leur pays”. Christine Schuler Deschryver

Je ne saurais trouver les mots pour dire le respect, l’admiration et la gratitude que j’ai pour des personnes comme Mme Christine Schuler de Schryver  Directrice de la Cité de la Joie à Bukavu et le Dr  Mukegwe du Panzi Hospital. En dépit de l’adversité , des conditions de travail difficile, de l’environnement sécuritaire précaire , ces congolais ont dévoués leur vie à la reconstruction psychologique, émotionnelle et morale de femmes meurtries dans leur chair. Leurs efforts combinés ont permis de redonner espoir à de nombreuses femmes mortes-vivantes en arrivant au centre.
Mais la phrase de Mme Schuler-Deschryver soulève le voile sur la cause profonde du problème :« le droit de vivre en sécurité dans leur pays » . Au-delà de la parité, les femmes du Congo doivent pouvoir circuler sans craindre d’être prise pour cible . La question du genre telle qu’elle est traitée ne doit pas faire l’impasse sur la REALITE : la congolaise n’est pas en sécurité dans son pays.[5]

« Appeler les femmes « le sexe faible » est une diffamation ; c’est l’injustice de l’homme envers la femme. Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. » Gandhi

 

« Ce dont j’ai été témoin au Congo m’a brisée et changée pour toujours. Je ne serai plus jamais la même. Aucun de nous ne devrait plus jamais être la même personne. » Eve Ensler

Cette année quand nous participerons à ces manifestations du 8 mars, organisées par nos sociétés ou associations, n’oublions pas les fondamentaux : la journée de la femme est une journée de rappel et de revendication et non pas seulement une journée de fêtes. N’oublions pas la situation des 400.000 femmes déjà violées et des 1152 qui seront violées[6] le jour ou nous paraderons avec nos pagnes uniformes. Donc faisons circuler ce messages, avec nos possibilités, nos moyens et osons lever la voix pour que nos sœurs, filles, mères et grand-mères puissent aller aux champs sans trembler, et dormir dans leur maison sans crainte. Car demain l’une d’entre nous peut être la victime.

« Les femmes soutiennent la moitié du ciel » adage Japonais

« Je le dis parce que je crois que ce qu’on ne dit pas, on ne le voit pas, on ne le reconnaît pas, on ne se rappelle pas. Ce qu’on ne dit pas devient un secret et les secrets souvent engendrent la honte, la peur et les mythes ». Eve Ensler

©Naboulove

Article paru en 2012 (Kabibi Magazine)

 

[1] Vday.org

[2] Etude Oxfam/Harvard initiative humanitaire 2010

[3]AJPH avec l’ International Food Policy Research Institute de l’université Stony Brook à New York, Banque Mondiale, partiellement financé par le gouvernement américain

[4] Dans une étude de l’”American journal of public health”  22.5% des viols perpétrés dans leur échantillon l’étaient par un mari ou un partenaire intime, non par des soldats qui écument à travers les villages. Un taux de viol  excessivement élevé a été trouvé dans la province de l’Equateur

[5]Selon  Anthony Gambino ex Directeur USAID au Congo « 40 ans de déclin économique et politique au Congo » pourrait expliquer l’incidence élevée du viol en RDC

[6] International Food Policy Research Institute de l’université Stony Brook à New York, Banque Mondiale, partiellement financé par le gouvernment américain