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La Kinoise, mythe ou réalité ?

Des ballades de Franco aux déhanchements  légendaires et habiles de Mbilia Bel , la femme de Kinshasa  , la « Kinoise » authentique a toujours suscitée fascination et respect dans toute l’Afrique. En effet suite à la politique d’authenticité imposé par Mobutu, la Kinoise s’est retrouvée forcée à adopter d’élégantes et seyantes  tenues Africaines , ce qui peut être a contribué  pendant des décennies à entretenir le mythe qui en faisait l’une des femmes les plus élégantes d’Afrique Centrale. Reconnues pour avoir tour de main, elles attachaient leur pagne avec une dextérité inégalée , laissant deviner la naissance de leur jambe perchées sur des talons vertigineux. Quel Brazzavillois, Ivoirien ou Kenyan n’a pas fantasmé sur la Kinoise représentée alors par des artistes telles que Mpongo Love, Abéti Masikini, Mbilia Bel ou Tshala Muana. D’aucun gardent  un souvenir vivace de cette conférence de chef d’Etat à  Yamoussokro en Côte d’Ivoire ou la Reine du Mutuashi a fait chavirer les têtes de plusieurs chefs d’Etats hôtes du vieux sage Houphouët –et le « vieux » lui-même d’ailleurs-. La Kinoise , le pire  cauchemar de la Brazzavilloise qui jusqu’à présent la qualifie de «  prédatrice » et de «  voleuse de mari ». Réputée de l’autre côté du fleuve Congo pour leur art culinaire , ainsi que leur beauté et leur séduction, les Kinoises , selon la légende urbaine en cours à Brazzaville, auraient  fait trembler plus d’un ménage. Néanmoins , avec les mutations dans la société au cours des 15 dernières années, le mythe de la Kinoise immortalisés par les peintres et Musiciens est-il toujours une réalité aujourd’hui en RDC ?


Le regard des artistes

La célébrité et le talent des artistes ex « Zairois » a certainement joué un grand rôle dans l’entretien du mythe. Kinshasa ou Kin Kiesse n’était-elle pas la capitale de la joie ? Les plus belles chansons d’amour Africaines reste sans aucun doute les rumbas du grand Zaire « congolaises » qui ont bercés nos enfances , avec des chansons phares de  Franco telles Mamu, Ah Mamu personnage intemporel qui nous renvoie à nos désirs secrets ;Masu ou la cougar  manipulée par le gigolo dans Mario? Portraits de femmes qui s’imbriquent si bien dans nos sociétés contemporaines. Je pourrais citer Simaro. Mayaulas, Carlito, Josky Kiambuta, Tabu Ley ,Madilu tous poètes ou plutôt troubadours dont la femme , et surtout la Kinoise haute en couleur est l’inspiration. En replongeant dans ces classiques mais aussi  plus récemment dans les rythmes enchanteurs de Koffi Olomide, Ferre Gola ou  Fally Ipupa,  on y  retrouve la femme congolaise.Une large diffusion de la musique Kinoise à travers le continent a créé une véritable passion et un engouement pour tout ce qui touche à la culture Kinoise. L’éclosion de nouvelles danses véhiculées dans toutes les capitales d’Afrique par les vidéos clips et ou se déhanchent avec souplesse et agilité des danseuses hyper sexy joue aussi un rôle majeur dans la construction du mythe. Mais la musique n’est pas le seul vecteur  cette spécifité culturelle Congolaise et plus spécifiquement de l’image de la femme Kinoise. Des artistes peintres et Maitres Congolais, de renommée internationale tels que Ndamvou , Lema Kusa mettent souvent en scène les femmes congolaises, affairées ou nonchalante, mais toujours séductrices et un brin aguichante sans pour autant se départir du fameux «  Mama pesa nzoto kilo ». Et essayez de les réinterpréter , je sais que vous vous y retrouverez les filles. Hmmm peut être. Ah la Kinoise! Combien de fois ai-je admiré mes tantes perchées sur leur talons aiguilles, le pagne nouée avec élégance et le libaya au design élaboré ? J’avoue que seule une vraie Kinoise a  pu me donner gout à l’art de porter le pagne, le transcendant en pièce « Fashion ».
Quelques fois au détour d’une rue Kinoise, je retrouve le profil type de la Kinoise mythique qui  me ramène à la femme noire telle que Senghor l’a magnifiée dans sa poésie « femme nue femme noire Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté… » un hymne à la création humaine qui nous réconcilie avec notre identité. Dans les chroniques savoureuses du professeur Yoka Lye qui décrit avec espièglerie la kinoise « Moseka » , On ne peut que sourire en se retrouvant çà et là au fil de la lecture des traits de caractères caricaturés mais qui ravivent en nous une certaine nostalgie…
©Naboulove

Copyright Kabibi 07/ 2011

Le droit de Dire non!

Bizarre d’observer les remous crées par l’affaire Nafissatou Diallo versus DSK a New York dans les salons Africains  quand  on connait les statistiques Africaines notamment  la sinistre réputation mondiale de la RDC qui détient  le triste statut de pays le plus dangereux du monde pour une femme. Une fois de plus, nous Africains en général si aveugles , sourds et muets aux atrocités commises aux coins de nos rues, nous avons parlés, commentés, critiqués l’affaire en cours, créant des débats houleux entre personnes d’une même famille. Cependant, il ne s’agit pas ici de revenir sur les nombreux détails de l’affaire mais plutôt d’analyser les réactions des uns et des autres, notamment celles des Africains à travers le monde.

Lorsque les règles du jeu de la séduction ne sont pas respectées, ou que l’étape de la drague est inexistante, réduisant la femme a un simple objet sexuel on fait face a un délit grave qui dans de nombreux pays est juge au pénal. Et les Etats Unis sont un des pays qui condamne sévèrement le viol et le harcèlement sexuel –surtout quand le coupable est pauvre et ne peut s’offrir un ténor du barreau-.
Lors de séjours aux Etats Unis je ne comprenais pas très bien pourquoi les hommes fuyaient des le premier signe de résistance verbale ( alors qu’en Afrique le dragueur challengé se serait  se plié en quatre et affiné sa stratégie aux fins de faire céder sa proie). Une amie éclaira ma lanterne ,m’expliquant qu’une drague insistante peut juridiquement être assimilé a un « harcèlement » sexuel. Autres cieux, autres mœurs…

Néanmoins lorsqu’on entend et lis les nombreuses réactions des Guinéens de New York face à la situation de  la présumée victime Nafissatou Diallo on réalise que les mentalités Africaines n’évoluent pas beaucoup, même à 10.000 km … En effet l’un des responsable d’une association peule  – Ethnie à laquelle elle appartient- de New York condamne Nafissatou car « cela n’est pas correct pour une peule de travailler dans un hôtel« , je traduis en clair : si elle ne travaillait pas dans un hôtel , rien ne lui serait arrivé . Le Sieur va jusqu’à dire « qu’elle ne trouvera plus jamais de mari dans sa communauté », Ah ouais, c’est elle qui est la présumée victime mais c’est elle qui est stigmatisée. Comme quoi le bon vieux proverbe qui dit qu’un bout de bois pourra rester longtemps dans un marigot il ne deviendra jamais un crocodile trouve tout son sens. Mais l’intervient qui m’a le plus choquée est celle d’une dame représentante du RPG  (parti au pouvoir en Guinée) la condamne pour avoir sali l’image de la Guinée à l’étranger. Bel exemple de solidarité féminine! Ces commentaires surréalistes emanant de personnes qui auraient normalement dus la soutenir – au moins par patriotisme- font échos aux nombreux commentaires des Africains sur le net. Là aussi, le machisme prévalent dans nos sociétés condamne une fois de plus la femme Africaine. Elle est jugée, son apparence physique est décortiquée « femme assez jolie », son niveau d’éducation est évalué « quasi illettrée » etc. Et le fond du problème? Il passe presqu’au second plan. Cela me rappelle dans une certaine mesure, les multiples raisonnements sans queue ni têtes de certains et certaines –oui les femmes aussi – qui considèrent certaines victimes de viols comme les coupables :  » sa jupe était trop courte », « ses tenues sont sexy »  « son tissage est trop long » et autres absurdités qui confirment que nous avons un long chemin à parcourir avant que les femmes vivent une émancipation de fait sur le continent.
Et les femmes mariées victimes de viol conjugal? Et les nombreuses jeunes filles données en mariage a peine pubère et violées par leur soi disant époux et les centaines de milliers de femmes abusées en silence au vu et su de tous. Elles sont coupables aussi? Peu de voix s’élèvent pour commenter ces réalités de nos pays…
Alors, en revenant sur ce qui s’est passé ce jour là au Sofitel de New York , et en tenant compte de la législation en vigueur aux USA, même si les 2 protagonistes avaient été nus, le « NON » de Nafissatou aurait du être pris en compte (le cas échéant) par le coupable présumé… Donc que l’on soit nus, habilles, sexy ou pas , une femme a le droit de dire non à son partenaire, et ce dernier qui dispose d’un cerveau doit pouvoir se soumettre à la volonté de la femme. N’est ce pas cela la différence entre l’homme et l’animal? La maitrise, la réflexion bref l’utilisation du cerveau au delà des instincts!
La couverture du très sérieux time magazine du 30 Mai 2011 , motivé par la fameuse affaire en cours a  brisé un tabou avec un titre évocateur et controversé «  Qu’est ce qui fait agir les hommes de pouvoir comme des porcs ? ». Au final la plupart dans la plupart des cas évoqués, les hommes impliqués ont su manipulés le système et les médias pour continuer leur vie. Comme avant.  « Ces hommes dits « grands » ou de « pouvoir » pensent ils être au delà de ces règles élémentaires? En ce qui me concerne, je vois peu de différence entre les criminels qui sévissent impunément à l’Est de la RDC détruisant sans répit la vie des 48 femmes de 15 a 49 ans violées par heure – selon la dernière étude publiée début juin 2011 dans le journal américain de santé publique- et ces hommes détenteurs d’une certaine aura politique ou financière qui asservissent et détruisent la vie de nombreuses femmes dont les voix ne seront jamais entendues. Non mes sœurs vous n’avez pas à avoir honte et sachez que vous n’êtes pas responsable du manque de maitrise de certains être dont le comportement s’apparente plus à celui d’un animal sauvage en costume cravate. L’affaire Nafissatou Diallo- DSK a mis en lumière la perception biaisée  de la femme noire libre dans un pays étranger par sa propre communauté. A ce jour DSK est présumé innocent mais Nafissatou qui a osé parler et accuser est culpabilisée pour avoir fait entendre sa voix, privilège de peu de femmes d’Afrique. Alors au lieu de juger, observons et analysons les faits , et espérons que de nombreuses Nafissatou Diallo oserons briser le silence à l’avenir .
©Naboulove 2011 copyrighted

Article paru dans le magazine Kabibi Juil/Aout 2011

 

Le courage de changer

«Le courage est cette qualité supérieure qui nous permet de faire face d’un coeur égal aux multiples désagréments de la vie. Aller de l’avant, ne jamais reculer devant les difficultés, voilà le courage véritable.» Sangaré Oumar

Avoir le courage de changer de vie, d’arrêter de s’ennuyer, d’être frustrée et envie de vivre pleinement et audacieusement est le challenge auquel chacune de nous est confrontée quotidiennement. Arrêtez d’attendre le bon moment pour vous transformer en papillon, révéler vos couleurs et prendre votre envol. Le meilleur moment pour réaliser vos projets de vie, ce n’est pas demain, ni quand vos enfants grandiront ou que vous aurez plus d’argent, c’est maintenant !

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » Ghandi.

 Il est temps d’arrêter de geindre, de vous plaindre et surtout de  tenir pour responsable de votre vie morose  et sans éclat votre passé, vos parents, votre éducation, votre mari, vos enfants et enfin tous les autres facteurs externes qui  selon vous sont les motifs de votre frustration. Arrêtez ! Et si au lieu de rejeter la responsabilité  sur des facteurs exogènes, vous preniez quelques minutes pour vous recentrer sur vous-même. Maintenant, préparez-vous à assumer pleinement la responsabilité de vos actions. Seule une attitude courageuse face à vos choix antérieurs vous affranchira de vos prisons intérieures. Rappelez-vous : c’est vous qui avez choisi ce mari ! C’est encore vous qui avez arrêtez vos études pour vous marier ! C’est vous qui ne demandez pas cette augmentation ! C’est encore vous qui repoussez au lendemain vos projets ! Ah ça y est vous acceptez le rôle principal que vous jouez dans votre vie ? Maintenant, que vous endossez totalement le fait d’être le seul maître à bord, vous devriez vous sentir  prête à faire le grand saut vers la réalisation vos rêves. Mais gardez en mémoire le principe universel : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».Vous devez oser dire non à l’immobilisme et enfin commencer à vivre.

« Chaque homme doit inventer son chemin. » Jean-Paul Sartre

 Il est difficile marcher vite avec un lourd fardeau, il en est de même dans la vie. Pour avancer, libérez-vous du passé, laissez le derrière vous et  concentrez vous  entièrement sur le présent. Que voulez-vous dans votre vie? Etes-vous totalement satisfaite de votre situation professionnelle, personnelle, etc.?  Que changeriez-vous pour être plus heureuse ?  Répondez à ces questions par une phrase claire ; exemple : Je souhaiterais perdre 10 kg , apprendre l’anglais et postuler pour un poste dans une agence des Nations Unies. Vous n’y arrivez pas ? Prenez le temps de réfléchir, munissez vous d’un papier et d’un stylo puis  répondez-y. Maintenant que avez clairement énoncé ce que vous voulez faire de votre vie, faites un bilan de vos ressources et compétences : avez-vous la formation nécessaire pour devenir la nouvelle directrice commerciale de votre entreprise ? Avez-vous les moyens de quitter votre boulot pour ouvrir cette Galerie d’Art qui vie dans vos rêves ?

« Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. » Johann Wolfgang Von Goethe

Prenez le temps de vous auto –évaluer de façon objective. Et ensuite lister clairement ce qui vous manque en étant très spécifique : -Un Master , un business plan, etc. Maintenant que vous avez une check list très précise, vous allez devoir penser à un plan d’action afin de mobiliser les ressources indispensables à votre projet.  Et à la question  « comment vais-je faire ? » , je vous donne une réponse très simple : « demandez ». Oui. Demandez à vos amis qui sont déjà dans ces positions ou qui ont des relations dans le domaine qui vous intéresse. Tout le monde a dans son entourage une personne qui a déjà un commerce ou qui occupe la fonction dont vous rêvez dans une entreprise concurrente. Contrairement aux idées reçues, les autres se feront un plaisir de vous assister. Alors il est temps pour vous maintenant d’agir afin de transformer vos rêves en réalité. Personne ne pourra changer votre vie à votre place.

Agir ne veut pas dire s’agiter dans mille directions ou parler de ses projets à tout bout de champ  mais plutôt avoir un PLAN, le respecter et surtout être responsable de sa vie à 100%. Chaque petit pas accompli en direction de son objectif est une victoire sur vous-même. Répétez vous cette affirmation : « Aujourd’hui je prends ma vie en main » plusieurs fois par jour et agissez en accord avec elle. A partir de maintenant entourez-vous de personnes positives et constructives et efforcez vous d’éviter les commérages de salon sans intérêt. Rappelez-vous que vous avez une vie à vivre et de grandes choses à accomplir. Donc ne perdez pas votre précieux temps, utilisez le à la réalisation de votre projet. Gardez un petit carnet en permanence dans votre sac et inscrivez-y vos idées. Inspirez vous de grandes personnalités artistiques  ou politiques, lisez des articles sur leur vie ou leur biographie. Vous apprendrez que le changement, l’évolution est soumis à divers facteurs mais que la réussite est soumise aux trois P: la pratique, la patience et la  persistance.

« On devient fort par ses échecs, non par ses succès » Coco Chanel

Chaque pas même  en arrière est une avancée. Sachez transformer les obstacles en opportunités, car quand « Dieu ferme une porte, il ouvre toujours une fenêtre ».  vous Vous êtes prête à enfin vivre votre vie, n’attendez plus , bannissez les excuses et commencez à œuvrer pour votre auto -satisfaction maintenant!

©Naboulove

Article International Working Lady n°1

La wolosso du net par Oumar Ndao

L’image que me renvoie le miroir me fait sourire malgré moi. J’ai vraiment tout de ce que l’on appelle Wolosso dans le langage des jeunes. Le jean taille basse qui me moule parfaitement le postérieur laisse apparaître le bas de mes reins et un bout de la raie fessière ainsi que le cœur piqué de la flèche de Cupidon que le tatoueur m’a fait ce matin.  Et le body très décolleté met en valeur mes seins encore très fermes et aux deux tiers dehors; malgré mes 33 ans. Sans compter le maquillage et ces très grosses lunettes claires qui m’ont complètement transformée. Bien malin qui pourra me reconnaître…
Je dois ressembler exactement  à ce que doit s’imaginer mon «rendez vous» de ce soir. Un bonhomme qui m’a appelée à plusieurs reprises. Je le comprends : après nos échanges sur le tchat  il doit être impatient de découvrir cette fille… très libérée qui lui a promis une nuit d’enfer. Seulement le mot «enfer» a pour moi une signification très différente de ce qu’il s’imagine. Une soudaine excitation, me gagne quand je m’empare de mon sac à main. J’allume une cigarette pour me calmer. C’est toujours ainsi chaque fois que je dois rencontrer un nouveau! Je suis un peu angoissée même si je sais avoir dans mon sac à main de quoi pouvoir me défendre si je tombe sur un voyou… comme ce salaud d’ «enchanteur» qui m’a mise dans cet état…
Je consulte l’horloge accrochée au dessus du téléviseur. Bientôt minuit.
Quand je me retrouve dans la rue deux minutes plus tard je sens le poids des regards; surtout masculins. Normal, avec cet accoutrement. J’entends même un sifflement d’admiration : «elle est kpata déh»! Venant de ce groupe de jeunes gens réunis autour d’un thé sous un hangar en face de l’immeuble ou j’ai un appartement depuis bientôt un mois. 
Ouf, enfin un taxi! Je m’y engouffre et souffle au conducteur : «Zone 4 s’il vous plaît!». L’homme sourit : «sans problème miss», et démarre. Il jette un coup d’œil dans le rétroviseur et cherche à me dévisager.  Je baisse la tête.  D’ici à ce qu’il me reconnaisse! Il lance: «eh Abidjan ! Nous qui avons survécus à la guerre là; ils cherchent à nous tuer avec les déchets tossiques maintenant oh !» Je serre les dents pour réprimer l’envie de lui jeter «toxique! Cornard!». Un petit blanc : il attend un commentaire qui ne vient pas. «Il paraît que ce poison se trouve dans dix décharges publiques. Donc on est tous contaminés. Ma sœur, on raconte que dans dix ans les enfants que nous allons mettre au monde seront tous bêtes bêtes. On est morts ooo!!!»  Décidément; pensai-je on en entendra de toutes sortes. 
– Prenez à droite !  
A ma grande surprise le taxi ralentit et s’arrête presque aussitôt. Le chauffeur se tourne vers moi: «vous savez miss; que vous pouvez payer autrement…». Il doit me prendre pour une de ces pûtes qui pullulent dans la zone comme par exemple cette fille outrageusement maquillée, en jupe minuscule et haut minimum, qui, tout sourire, me fait des propositions par la vitre ouverte: «eh ma chérie! C’est langue mécanique qui te parle! Pour 1000 balles je te fais connaître le paradis!»
 Je regarde le chauffeur dans le blanc des yeux et lui dis d’un ton sans réplique: «ça ne m’intéresse pas! Démarrez!»
Deux minutes après je descends devant le Parker Place. Je sors mon portable et fais le numéro de mon «rendez vous». Il décroche à la première sonnerie. Je suis quand même curieuse de voir à quoi ressemble ce soit disant Boer. Je ne tarde pas à le savoir. En effet un jeune homme en jean et tee shirt ; de grande taille; costaud; de teint clair; les cheveux légèrement frisés; une petite moustache artistiquement taillée et des baskets aux pieds vient vers moi tout sourire. «Alors Paty; comment vas-tu ?  Je suis Boer». «Bien merci! Contente de te connaître!» «Et moi donc !» fait il en m’embrassant sur la joue tout près des lèvres. Je lui enlace le cou et lui colle un baiser de vampire qui le laisse pantois. Il fait dans un souffle: «toi alors; tu fais pas dans la dentelle!». Je réponds en clignant de l’œil» et tu n’as rien vu encore mon chéri; je suis… infernale!» Il me prends par la taille: «allons y !»
C’est ainsi que nous nous retrouvons assis dans des poufs devant deux bouteilles de bière. Dans la lumière tamisée du Parker place. Le public nombreux écoute religieusement les chansons de Bob Marley majestueusement interprétées par les Wisemen, l’orchestre de ce temple du reggae. Au bout d’une dizaine de minutes l’ennui commence à me gagner. Je pose comme par inadvertance une main sur la cuisse de Boer. Une main qui a tendance à bouger et à avancer lentement  vers son entrejambe. Bientôt je lui caresse sans gêne la bosse de plus en plus grosse qu’a de la peine à contenir son pantalon. N’y tenant plus ; il se lève et après avoir avalé d’un trait le reste de sa bière; me demande de le suivre.
Minuit quarante cinq nous trouve dans la chambre de Boer. Une pièce qui comprend un très grand lit. Je n’en ai jamais vu d’aussi grand. Avec au moins une dizaine d’oreillers savamment disposés. Une petite commode; une table sur laquelle trône un ordinateur et un bloc note; et une chaise. Voilà pour le mobilier. Sur le sol; une épaisse moquette grise. Dès qu’il referme la porte je le pousse contre le mur et me colle contre lui. Ma main s’active. Je déboutonne sa braguette et son sexe jaillit littéralement. Je m’éloigne un moment de lui; le temps de me débarrasser prestement de mes vêtements. Pendant ce temps Boer s’est déjà mis nu sur le dos au milieu du lit. Au garde à vous ; si vous voyez ce que je veux dire. Je le rejoins et arrache de ses mains le préservatif qu’il avait sorti de son étui. Je le lui enfile. Quand je le prends dans ma bouche chaude il pousse un gémissement. Je m’arrange pour percer le bout du préservatif avec mes incisives. Dans l’état où il est Boer ne se doute de rien. Je m’empale sur lui… Il l’a, sa nuit d’enfer; ce cher Boer. Je le quitte vers deux heures du matin; non sans peine. Je fais un tour dans la salle de bain où je lui laisse un message à l’aide de mon rouge  à lèvres, sur le miroir. Un message dont il se souviendra toute sa vie : «bienvenu au club o+» ! Il me remet 10 000F pour le taxi. C’est d’ailleurs à bord du taxi que je lui envoie le «verdict» : «hé Boer! Je te suggère de faire rapidement ton teste de dépistage! Adieu!» Je me débarrasse juste après de la puce de mon téléphone. Demain j’en prendrais une autre avant d’aller au bureau…
Après une longue douche; je me mets au lit. J’allume une cigarette. Je suis contente d’avoir réussi mon coup. Ils vont tous payer. Ils vont périr par où ils ont péché. Tous ces dépravés qui ne connaissent du Net qu’une seule utilisation: draguer et abuser des pauvres innocentes à la recherche de l’âme sœur. J’y  croyais aussi naïvement il n’y a pas si longtemps que ça…
C’est presque toutes les nuits que je revis ma mésaventure.
C’était il y a exactement quatre mois…
 
C’était il y a exactement quatre mois. Je m’étais  remise sur…«le marché de l’amour» comme dit ma copine Jeanne, après quelques trois ans d’une vie insipide où je m’étais investie corps et âme dans mon travail pour oublier la trahison de Martin. Martin qui a disparu de ma vie un beau jour, comme ça sans histoire ; il avait juste pris son  sac et m’avait laissé un mot  «chérie, je n’en peux plus de cette vie, je m’en vais, pardonne moi !» voilà. C’est aussi simple et idiot que ça ! Et je ne l’ai jamais plus revu. Ah si, quelques jours plus tard, dans le journal. Il s’était suicidé…Qu’on ne me demande surtout pas pourquoi, parce que je n’ai toujours pas de réponse, du moins, pas une réponse que le commun des mortels puisse «intégrer». J’ai toujours soupçonné chez cet homme que j’aimais pourtant, un certain…refus de vivre. Et voilà. Cet épisode m’a marqué le cœur au fer rouge…Il m’a fallu trois longues années pour m’en remettre. 
Et puis un jour, j’accompagnai Jeanne dans un  cyber café. Elle avait rendez-vous sur MSN avec son fiancé. Un homme qui se trouvait à l’autre bout du monde. Ils  ne se connaissaient que par des photos, la webcam et des paroles échangées par écrits ou au téléphone. Et pourtant ils étaient très amoureux l’un de l’autre et projetaient de se marier…et de mettre en route très rapidement  un enfant. Une histoire de fou, quoi ! Mais qui se réalisera plus tard. Parce que, à l’heure où j’écris ces mots ils filent le parfait amour et Jeanne est enceinte de …six mois.
Mais n’anticipons pas. Ainsi donc Jeanne était parvenue à me convaincre de tenter ma chance sur la Tchatche. Elle  m’avait dit que même si ceux qui se connectent ne sont  pas  tous des anges, on y fait des rencontres intéressantes  quelques fois. Alors je m’y suis mise. Au départ je trouvais cela assez amusant sans plus. Je me faisais  «aborder»  autant par des jeunes que des vieux, des femmes que des hommes. Certains de mes contacts cherchaient «l’âme sœur», d’autres «une partie de b. Ce soir». Mais ce qui me  faisait surtout  rire parfois, c’était les pseudos utilisés : «Rocco» (comme la star du porno),  «Orange mécanique», «Pomme», «Chatte en feu», «pompier» etc. Bref, ces gens-là ne manquaient pas du tout d’imagination. Le seul contact qui m’avait paru assez intéressant pour que je lui remette mon téléphone était Térence. Il  était très drôle et ouvert d’esprit. En plus on semblait avoir beaucoup de points communs. C’est  ainsi que de fil en aiguille, nous avons fini par nous rencontrer. Il n’était pas mal du tout. Nous avons dîné ensemble dans un petit restau sympa de Treichville, ensuite nous sommes allés danser au Ti Folie en Zone 4 jusqu’à trois heures du matin. J’étais particulièrement éméchée quand il monta avec moi dans un taxi. Mais malgré ces «bulles» (salut Tina) dans la tête j’avais pu donner mon adresse au taximan.
Ensuite je ne me rappelle plus vraiment ce qui avait  suivi. J’ai juste de temps à autres de petits flashes. Un homme au dessus de moi, nu, en sueur et ces coups comme si on me pilonnait le bas-ventre…par exemple. Le lendemain matin, j’étais dans un état déplorable…J’avais l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Ce salaud m’avait violée. Après ça j’avais tout tenté pour le retrouver. Au téléphone il était injoignable. J’ai rodé pendant des semaines autour de la boîte  où avait eu  lieu notre R.V, dans l’espoir de le voir. Je me suis renseigné aussi dans la boîte et les environs. Personne ne le connaissait…  
J’avais le cœur déchiré, le corps sali. Oh que j’avais mal !!! Et pourtant, vu de l’extérieur, il n’y avait aucun changement. J’étais la même. Toujours bien mise et grande bosseuse. Alors qu’à l’intérieur, j’étais détruite ! Sur les conseils de Jeanne j’ai fait mon test de dépistage qui s’est révélé positif. Je suis  sous antirétroviraux.  
Et depuis, je parviens à piéger chaque week-end un cyber-dragueur pour me venger du salaud qui a détruit ma vie…Je sais que  c’est monstrueux…Mais ça me soulage !

 

©Oumar Ndao

En l’honneur de toutes les femmes par Azizah Sow Mokoko

En l’honneur de toutes les femmes , qui, se battent tous les jours afin que leur voix soit à l’égal de leur valeur..
Pour toutes celles qui s’affirment et essaient tant bien que mal de concilier leur réussite professionnelle avec leur rêves de maternité; de maintenir leur couple stable et de contenir les écarts de leurs hommes…
Parce qu’on nous reproche d’être trop sensibles, pas assez fortes, naïves et très souvent à fleur de peau …
Même si le monde n’est pas toujours prêt à accepter notre importance, à reconnaître que sans nous, la vie manquerait de piment…
Mais surtout pour celles qui consciemment ou inconsciemment influencent ma vie et me servent de modèles…
A travers vous je me retrouve, mais surtout j’apprends: de vos erreurs je me construis des barrières et de vos réussites j’en fais des objectifs…
Bonne fête des femmes!

2011©Azizah Sow Mokoko