Concubinage : Le péché mignon par Nadia AYADI (Tunisie)

Concubinage : Le péché mignon par Nadia AYADI (Tunisie)
 
Plus qu’un phénomène de mode, plus qu’un style de vie, le concubinage est un véritable fait de société dans le monde. De plus en plus de couples optent pour l’union libre selon un choix philosophique ou financier. En occident, le concubinage a un statut et les couples le vivent au grand jour sans aucune contrainte sociale ou juridique. Chez nous, il est interdit par la religion et, sans l’être expressément par la loi, il peut tomber sous le coup de certaines infractions pénales… Le droit de la famille repose exclusivement sur l’institution du mariage. Ainsi il ne saurait y avoir de place pour un mode de vie qui n’aurait pas reçu une consécration légale… Pourtant, assez discrets, les concubins existent, localisés en majeure partie en milieu urbain et caché dans la sphère du privé. Qui sont ces concubins ? Femmes et Réalités a osé lever le voile sur un phénomène réel, encore tabou dans notre société, mais paradoxalement “toléré” chez une frange de la population.  
 
“Mon aide ménagère ignore que je ne suis pas mariée avec Moncef. Je ne sais pas ce qu’elle penserait de moi et préfère éviter de le lui dire.”  
 
Sihem fait partie de ces nouveaux couples qui ont décidé de vivre ensemble pour voir si ça pouvait marcher. Une sorte de “stage” en attendant le jour J. Ailleurs cette situation est légale et cela s’appelle concubinage! “Chez nous, cela est assimilé au “haram” dans la mesure où un couple doit être uni par les liens sacrés du mariage”, affirme Amel décontenancée. En plus c’est puni par la loi ! ”.  
 
Rien à perdre, tout à gagner  
 
Cependant, d’une façon générale, les concubins se désintéressent de la loi et la loi se désintéresse d’eux. Les tribunaux ignorent le concubinage qui peut toujours être librement rompu.  
 
Omar a trente cinq ans bien sonnés. Avec dix ans de carrière dans une multinationale, il a tout pour fonder une famille: appartement, voiture, avenir…mais il ne saute pas le pas pour officialiser son union avec Zohra cadre dans une institution. Pourtant, ils vivent ensemble depuis 3 ans. Il nous confie que le mariage lui fait peur: “j’ai vu autour de moi plusieurs de mes amis divorcer après moins de trois ans d’union. D’autres sont à couteaux tirés avec leurs femmes. Je préfère vivre une union libre que de courir le risque de mener une vie de couple désastreuse. Je vis sans les contraintes du mariage. C’est une situation confortable pour le moment. Si je ne m’entends plus avec ma compagne, chacun partira de son côté sans les tracasseries juridiques…”.  
 
A ce niveau, le concubinage semble simple : on s’aime, on vit ensemble et si par hasard cela ne devait plus marcher on se quitte. Quant “on se quitte”, ce sont souvent les hommes qui le font sans se soucier vraiment de la souffrance des compagnes qui, en général, lassées d’attendre le prince charmant se sont mis en ménage dans le but d’aboutir au mariage.  
 
Fatma et Lotfi s’aiment d’amour tendre. Elle est médecin, lui professeur de mathématiques. Ils s’aiment tellement qu’ils décident de se marier. En attendant le grand jour, ils vivent ensemble dans un vaste appartement. Ils sont adultes, majeurs, vaccinés et indépendants financièrement. “Mon père vit à l’étranger et ma mère, qui est universitaire, est au courant de ma relation. Elle est assez ouverte et cherche surtout mon bonheur. Elle n’a pas de tabou et moi non plus”. Qui donc peut s’opposer à ce choix? Et, surtout, pourquoi ? Pour l’amie de Fatma “étant donné qu’ils sont intelligents, cultivés ayant beaucoup de respect l’un pour l’autre et surtout qu’ils ont suffisamment réfléchi avant de faire ce pas, alors où est le problème? D’ailleurs y en a-t-il un?”.  
 
Le concubinage devient ainsi le principal mode d’entrée dans la vie de couple. La plupart des couples vivant ensemble, l’union libre n’est pas un choix de vie mais un tremplin vers le mariage. Quelque temps plus tard, le frère de Lotfi tombe amoureux et se fiance avec Houda étudiante. En attendant le mariage, pourquoi ne pas faire comme Fatma et Lotfi ?  
 
Un essai de vie commune  
 
Beaucoup se marient au bout de quelques années et, plus rarement, lorsqu’ils attendent un enfant. “Mon mariage a été accéléré l’année dernière parce que j’étais enceinte. C’était le facteur déclenchant pour officialiser notre relation”, affirme Sonia 36 ans, informaticienne.  
 
Il est à noter par ailleurs que le mariage précoce a quasiment disparu dans notre pays. D’après les statistiques, l’âge moyen du mariage des femmes est passé, en Tunisie, de 19 ans en 1956 à 27,8 ans aujourd’hui. Deux raisons majeures seraient à l’origine de ce phénomène. Tout d’abord la scolarisation massive et les études poussées des tunisiens. Les difficultés socio-économiques, bien réelles, ne sont qu’une raison apparente du retard du mariage. La dimension psychologique, une certaine appréhension de l’union, pour la simple raison qu’on ne veut pas rater son mariage: on prend toutes les précautions quitte à faire un essai de vie commune avant le mariage. Ce constat est valable surtout dans la capitale et particulièrement au sein des couches aisées. Quant on est issu d’un milieu instruit et relativement nanti, on a tendance à vouloir réaliser un modèle: vivre ensemble pour mieux connaître son partenaire et réaliser le mariage auquel on aspire.  
 
Mais on oublie souvent que vivre à deux sans contrat de mariage revient à vivre dans l’illégalité. A la peur du qu’en dira-t-on et de la sanction familiale s’ajoute l’angoisse d’être démasqué. Thouraya, 35 ans, est documentaliste dans un hôpital, elle vit chez Sami, séparée de sa femme étrangère et en instance de divorce. “Mes parents habitent dans le Sahel et ne savent pas que je vis avec un homme. Ils seraient choqués. Nous essayons d’être le plus discret possible, nous ne recevons pratiquement pas la famille et nous ne cherchons pas les problèmes”.  
 
Malgré tout, ils sont las d’être tout le temps sur leur garde. Ils sont ensemble par amour et s’ils ne sont pas encore mariés, c’est parce que la procédure de divorce de Sami dure encore.  
 
De la tolérance quelque part  
 
Les cohabitions commencent de plus en plus tard chez nous. La plupart s’établissent progressivement dans un logement qui devient commun: le processus commence en passant épisodiquement une nuit ensemble, puis l’un amène de plus en plus d’effets personnels chez l’autre pour finalement ne plus repartir. “Le fait d’être amoureuse est à l’origine de ma relation avec Fathi. Je suis née en France et mes parents y sont toujours. Alors que j’étais en vacance en Tunisie, j’ai connu Fathi chez une amie. Il était alors son compagnon. L’année d’après, en revenant pour les vacances, j’ai retrouvé Fathi par pur hasard dans une soirée. Il avait rompu avec mon amie et, comme il me plaisait, je me sentais plus à l’aise pour me laisser draguer. Depuis trois ans, je vis avec lui et j’ai eu la maladresse d’en parler à mes parents pour justifier mon non-retour auprès d’eux. Malgré leur ouverture d’esprit, ils me harcèlent depuis, pour que je fixe une date de mariage”. Opter pour la vie à deux nécessite malgré tout une sacré dose de courage dans notre société, même s’il est quelque peu tolérée.  
 
Wahida et Mourad ont le soutien de leurs frères qui n’y voient aucun inconvénient. “Nous vivons comme un vrai couple. Nous sortions ensemble depuis une année. Depuis quelque temps, Farid s’est installé chez moi. Nous avons l’intention de nous marier cet été”.  
 
Wafa et Salim ont appris à se connaître, ils se sont découverts mutuellement au fil des jours. Ils font les courses ensemble, partagent les tâches domestiques, définissent le budget du mois… Les choses se sont mises en place petit à petit. “J’ai découvert Salim dans les différents moments de bonne ou de mauvaise humeur. Ce n’est pas toujours facile. Actuellement nous avons la certitude de notre amour. Au début, nous avons tendance à idéaliser l’autre parce que l’on ne sait pas grand-chose de lui. Par la suite, on se découvre et on apprend à l’aimer tout entier. Un rythme de vie à deux s’est installé progressivement”.  
 
Un pas vers le mariage  
 
Une seule ombre au tableau de Wahida : “Mon entourage me rappelle tous les jours que je suis dans l’erreur parce que je ne suis pas encore mariée”.  
 
Même si ce n’est plus la famille qui est prédominante dans le choix du conjoint, l’homme a toujours le beau rôle pour officialiser sa relation quand bon lui semble. Quel que soit le niveau de la femme, celle ci espère toujours que son compagnon s’oriente vers le mariage. La famille a tendance également à laisser faire les enfants qui acquièrent de plus en plus d’autonomie, qu’ils ont du mal à gérer parfois, pour des raisons matérielles mais aussi pour des raisons sociologiques Le choix prend du temps avec cette tendance à cohabiter auparavant. Est-ce à cause de la démission de la famille? Les unions en dehors du cadre du mariage seraient d’autant plus alléchants que les jeunes auraient tendance à se détourner du mariage? Noura, universitaire, considère “qu’il y a des gens qui s’engagent sans se marier et des gens qui se marient sans s’engager”.  
 
Dans les cités populaires, le concubinage est beaucoup plus secret que dans les quartiers huppés. Si, dans ces derniers, une certaine permissivité existe et les couples concubins ont moins de contraintes sociales, dans les cités populaires, il est très mal vu, voire carrément rejeté et gare aux audacieux. Pourtant des couples le vivent, dans ces mêmes cités tout en donnant, aux voisins, l’aspect d’un couple légalement marié. Tel le cas de Hafsia, venue du Nord Ouest pour travailler en tant qu’aide ménagère. Sa relation avec Mokhtar, célibataire, la conduit au concubinage pour résoudre tout d’abord un problème économique mais aussi social dans la mesure où elle est considérée dans le quartier comme femme mariée, et jouissant de ce fait d’une plus grande liberté et de protection. Cela ne l’empêche pas de remplir son devoir envers sa famille en envoyant mensuellement un salaire à son père. Ce dernier, semble t-il, serait même au courant de cette relation illégale. Il aurait décidé de se résigner en attendant le jour où sa fille convolera enfin en juste noce, faisant taire les rumeurs dans le village.  
 
Le bonheur à deux  
 
Le concubinage peut également être une solution pour les personnes ayant connu l’échec du mariage. Ainsi, Mounira, 48 ans, responsable d’une unité de confection, est divorcée depuis cinq ans. Elle a connu Mohsen, 57 ans, dirigeant de sa propre entreprise de textile, également divorcé. Ils se sont rencontrés dans le cadre du travail et une idylle est née progressivement. “Il m’a beaucoup aidée alors que mon unité de confection connaissait de graves problèmes de gestion. Grâce à lui, l’affaire est de nouveau sur pied et connaît même des résultats très positifs. Je vis depuis avec lui et je ne pourrais jamais le laisser tomber. Même si nous connaissons de temps à autres de petits conflits, nous gérons le contentieux avec sagesse et je ne me déchaîne plus comme lorsque j’étais mariée”.  
 
Quant à Mohsen, il affirme: “C’était clair dès le départ, nous sommes ensemble pour l’échange et profiter de la vie. Nous n’avons rien d’autre à construire que le bonheur à deux ! ”  
 
Notre enquête nous a permis de découvrir également une forme insolite de concubinage. Après avoir été divorcés pendant 12 ans, Safia et Abdelhamid se sont remis de nouveau en ménage. Aujourd’hui, ils vivent ensemble depuis cinq ans. Safia raconte “que l’homme duquel elle a divorcé se comporte aujourd’hui autrement“. Durant le mariage, les problèmes financiers et la routine ont détruit notre couple. Avec le temps, nous avons acquis une autre forme de maturité. Aujourd’hui, nous redécouvrons notre sensualité. Notre plaisir en tout est totalement différent. Nous avons l’impression de vivre une formidable aventure. Nous vivons pleinement notre relation et, à notre âge, nous n’avons plus rien à prouver. Nous sommes libérés des inhibitions sociales et nous ne ressentons nullement le besoin d’officialiser notre relation. Nous avons retenu la leçon. C’est comme si notre concubinage était la continuation de notre mariage”.  
 
Cependant, dans notre société, on constate statistiquement que seul le mariage constitue la concrétisation de l’engagement. De l’avis de toutes les femmes qui ont témoigné, il est bien plus solide que la cohabitation parce qu’il permet aux couples de résoudre leurs difficultés en ayant l’assurance que les conflits ne remettent pas en cause leur projet initial. Le concubinage varie selon le monde de vie urbain ou rural et le milieu social. Toutefois, pour le moment, le mariage demeure le modèle le plus dominant même s’il intervient de plus en plus tard.

L’UMWALI par ALEX ENGWETE

L’UMWALI par  ALEX ENGWETE

La première institution féminine à s’écrouler sous l’attaque frontale du christianisme est l’« umwali »—société proto-féministe et réseau de support solidaire de la femme de l’« umwali », à laquelle avait appartenu ma mère tout le long de son existence.

Des ethnologues—et même des ethnologues africains—qui se sont penchés sur l’umwali se sont tous malheureusement limités à la mince pellicule de ses aspects visibles et sensationnalistes. Certains ethnologues ont caractérisé l’umwali comme une « école d’amour africaine» ou comme une « éducation sexuelle de la jeune fille Ngwana [swahili] avant le mariage », ou encore, à en croire le rapport sur l’umwali à Kindu (province du Maniema) rédigé en 1927 par une autorité administrative belge, M. Vandecamp,  une véritable « secte de prostitution ». A une époque où l’autorité coloniale belge faisait face à toutes sortes de mouvements de résistance organisés en sociétés secrètes ou « sectes »—de la résistance politico-religieuse dans le Bas-Congo représentée par Simon Kimbangu, en passant par la révolte meurtrière des Pende dans le Bandundu aux hommes-léopards des Azandés—il était normal que l’autorité coloniale considérât l’umwali comme une secte au même titre que les autres sociétés secrètes masculines. (Il est intéressant de noter que les « indigènes » pour leur part considéraient que les civils belges s’organisaient en sectes de cannibales qui enlevaient les Noirs qui s’attardaient la nuit dehors et faisaient ripaille de leur chair).

Mais revenons un moment sur cette étrange caractérisation de l’umwali par Vandecamp, car elle nous permettra d’amorcer une redéfinition et une description plus appropriée en contrepoint de cette société.

Selon Vandecamp : « La secte Mwali doit être appelée la secte de la prostitution : c’est là son rôle principal. Tout homme voulant profiter ou avoir des relations avec une femme de la secte doit payer au préalable une somme quelconque. Toute femme qui veut faire partie de cette secte doit se déclarer devant un conseil et exprimer le désir de vouloir devenir prostituée. Elle doit se déclarer à la disposition de tout homme qui se présente. La femme doit être nubile et avoir eu des relations avec l’homme avant d’être admise dans la secte… Toutes les réunions de la secte (exclusivement féminines) se marquent par des chants, des danses et des grimaces ayant trait aux relations sexuelles… La devise de cette secte est la suivante : « la perversion »… C’est certainement là que se trouve la diminution de natalité chez les Arabisés. Le plus grand danger consiste en ce qui suit : il paraîtrait que la femme mwali qui entre dans la secte se rend stérile par certains médicaments et lavages continuels du sexe… »

Notons tout de suite, comme l’a établi Luc de Heusch, que les Bantous (ainsi que les Tutsi du Burundi et du Rwanda d’ailleurs) sont—Dieu merci—contre la pratique barbare de l’excision, véritable fléau frappant certaines cultures de l’Afrique de l’ouest. En lieu et place, les Bantous ont établi des pratiques de jouissance sexuelle de la femme faites de l’élongation des lèvres inférieures ou du clitoris—pratiques qui se retrouvaient tant au Burundi et au Rwanda que chez les Luba, les Tshokwe, les Kongo et d’autres ethnies de la RDC.

Contrairement à ce que pense Vandecamp, bien avant tout contact avec la culture « arabisée » tanzanienne, les femmes congolaises avaient des pratiques similaires à l’umwali—comme le « Kifumu » par exemple des femmes congolaises de la Province du Maniema.

Loin d’être une « secte de prostitution », l’umwali était une pratique répandue et obligatoire des filles nubiles avant le mariage. L’umwali n’était pas non plus une « perversion » mais bien un apprentissage méthodique physique de la technologie sexuelle n’ayant rien à envier aux méthodes millénaires du Yoga tantrique ainsi qu’une préparation « morale » de la jeune fille aux obligations et aux devoirs conjugaux de la femme. L’umwali contenait de ce fait un enseignement théorique fait d’allégories (dont je donnerai un exemple dans le post suivant). Si elle est devenue une secte ou une société secrète, c’est du fait que l’autorité administrative coloniale, les paroisses et les écoles catholiques pour filles réprimaient impitoyablement ce qu’elles considéraient, pour reprendre la catégorisation de Vandecamp, comme « une secte de prostitution ».

Mais Vandecamp a raison lorsqu’il déclare que l’umwali était « exclusivement » un enseignement par et pour les femmes. C’est d’ailleurs là son caractère subversif, non seulement aux yeux de l’autorité coloniale, mais aussi au sein de la culture patriarcale congolaise elle-même qu’elle subvertit de manière radicale. Mais, j’anticipe…

D’abord, qu’est-ce l’umwali ?

Un bon « kamusi » ou dictionnaire swahili vous donnera les 5 définitions suivantes du mot « umwali » (pluriel : wali) : 1) initié (e) ; 2) jeune fille vierge ; 3) fille qui a ses premières règles ; 4) jeune femme ; 5) enfant avant son initiation. (Que l’on note ici qu’en Kirundi et en Kinyarwanda, langues empruntant beaucoup au lexique swahili, « umwali » signifie « jeune fille » et est d’ailleurs un prénom féminin très commun au Burundi et au Rwanda).

S’il est établi que l’umwali provient de la culture swahilie de la Tanzanie, il est aussi vrai qu’un apprentissage similaire préexistait dans toute l’Afrique centrale (comme on l’a dit pour le cas du Congo). Dans sa forme moderne, l’umwali se retrouve partout en Afrique centrale, jusqu’au centre et au sud du Malawi, chez les Nyanja, où il est appelé « chinamwali ». L’umwali est un rituel d’incorporation de la fille nubile dans la société des femmes. Mais plus qu’un rituel, il est surtout un réseau informel qui fonctionne, dans un village ou en milieu urbain, comme un ensemble de petits groupes féminins fonctionnant comme des communautés de base de soutien qui perdurent durant toute l’existence des membres.

Typiquement, un réseau élémentaire umwali est constitué d’une dizaine de jeunes filles appelées « wali » qui sont sous l’apprentissage d’une ou plusieurs « somo », des instructrices—instructrices en pratiques sexuelles, pour les ethnologues qui s’entêtent à ne voir que cet aspect dans l’umwali. (Le mot « somo »—pluriel : masomo—a aussi les significations suivantes en swahili : 1) leçon ; 2) éducation ; 3) femme qui instruit des jeunes filles en matière de sexualité ; 4) assistante dans un rituel d’initiation ; et 4) homonyme).

Les piliers de l’enseignement umwali sont :

1) La technologie de la pratique sexuelle consistant en 4 techniques principales, avec des variations introduites par des recherches personnelles des « somo » : a) le « kupeta » (littéralement : « vanner ») qui consiste en la maîtrise du remuement des hanches de haut en bas et de bas en haut avec une partenaire faisant fonction de l’homme au-dessus de la néophyte ; b) le « kufyonza » (littéralement : « sucer ») qui est fait d’exercices de contraction et de relâchement des muscles du vagin ; c) le « kuyunga » (littéralement : « tamiser ») qui, comme le nom l’indique, consiste en ondulations latérales à la manière d’un tamis ; et d) différentes techniques de succions (du pénis), de petites morsures, et de baisers.

Comme dans le Tai Chi chinois qui consiste à fixer les mouvements du Kung Fu  par une déconstruction et une répétition au ralenti de tous les mouvements rapides, deux danses umwali répètent et fixent les 3 premières techniques : a) le « Tikiza » (littéralement : roulement des hanches) et b) l’ « unyonga » (littéralement : danse des reins).

2) L’hygiène du corps et du vagin : les wali et les somo se lavent toute leur vie au moins  deux fois par jour (le matin et le soir) et font la toilette du vagin après chaque rapport sexuel. Cette extrême hygiène vaginale pourrait peut-être partiellement expliquer le faible taux de reproduction des femmes wali que Vandecamp taxe abusivement de « stériles » (question d’ailleurs à résoudre par des études statistiques historiques d’ethnosociologie de l’époque coloniale).

3) La connaissance des herbes médicinales pour combattre la candidose, la vaginite, etc., et pour assécher le vagin—une concession malheureuse au préjugé patriarcal congolais du « vagin sec ».

4) Diverses techniques de contrôle et d’espacement des naissances dont : a) la séparation sexuelle rigoureuse d’avec le mari de la naissance jusqu’au sevrage de l’enfant (2 ans) de peur que l’enfant ne dépérisse de « sanga » (rabougrissement fatal) ; etc.

5) Interdiction d’avoir des rapports sexuels quotidiens en vue d’exacerber le désir de l’homme. Et lorsqu’on a ces rapports, on doit s’accoupler tout au moins deux fois de suite.

6) Interdiction d’avoir des rapports sexuels pendant la journée ou dans la nature (cette dernière interdiction peut avoir été occasionnée en vue de prévenir des morsures de serpents).

7) L’apprentissage de la toilette funéraire, car les corps des wali mortes n’étaient préparés pour l’ensevelissement que par d’autres wali. Il était d’ailleurs demandé au mari d’une grande somo morte de se soumettre à un rituel nécrophile consistant à avoir un dernier rapport sexuel avec le cadavre de l’épouse défunte après la toilette funéraire et avant la mise en bière du corps. En cas de décès de l’enfant d’une mwali, juste après l’enterrement, un coït immédiat s’en suit dans le lit conjugal, parfois en présence des autres wali.

8) La fin de cet apprentissage de base de la mwali était marquée par l’octroi d’un sceptre—très souvent un bâton recouvert de cuir—qui confère à la mwali un pouvoir surnaturel dans son lit et sur son mari. Pouvoir réel de la femme, soit dit en passant, car j’ai personnellement connu une mwali polyandre (ma tante maternelle) qui vivait avec ses deux maris sous le même toit. Le mot « somo » signifiant aussi homonymie, à cette occasion les néophytes prennent soit des noms de leurs somo ou soit des noms swahilis qui traduisent leur spécialité au lit : Bi-Safi (la demoiselle propre), Bi-Sifa  (la demoiselle glorieuse), Bi-Laza (la demoiselle berceuse), Bi-Atosha (la demoiselle qui suffit), Bi-Furaha (la demoiselle joie).

9) Au cours de la nuit des noces de la mwali, la somo et d’autres wali expérimentées assistaient dans la chambre nuptiale à la défloration par le mari sur un drap blanc immaculé (ce qui balaye l’argument de Vandecamp selon lequel l’umwali serait une « secte de prostitution »). Après une défloration réussie, la somo et les wali présentes s’emparaient du drap taché de sang, l’attachaient à un mat, et le paradaient en chantant dans le quartier du marié.
Trois facteurs constituaient une subversion fondamentale de l’umwali :

a) la pédagogie de l’umwali était une pédagogie analogue à celle de Dewey faite de la mise en pratique du précepte pragmatique du « learning-by-doing » (apprentissage par l’action). Ainsi, pour apprendre la technologie sexuelle, la somo et les wali devaient se déshabiller pour mimer l’acte sexuel dans tous ses détails ;

b) cet apprentissage n’était jamais terminé durant l’existence des wali, puisque la recherche technologique ne pouvait s’achever. Les wali continuaient donc à se rencontrer et à perfectionner leur technique tout comme lors de l’apprentissage de base : nues et au corps à corps—pratique qui faisait de ces wali des bisexuelles et de celles d’entre elles qui étaient veuves des lesbiennes de facto ;

c) des allégories, des contes et des proverbes constituaient un corpus d’enseignement ésotérique

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http://alexengwte.afrikblog.com

Hommage à Rama kam, beauté noire de David Diop

Jeunesenegalaise

Rama kam

Me plaît ton regard de fauve

Et ta bouche à la saveur de mangue

Rama kam

Ton corps est le piment noir

qui soufflette mon désir

Rama kam

Quand tu passes

La panthère est jalouse

Du rythme chaleureux de ta hanche

Rama kam

Quand tu danses dans la lueur des nuits

le tam tam

Rama kam

Halète sous la tempête Dyoudoung du griot

Et quand tu aimes

quand tu aimes Rama kam

C’est la tornade qui tombe

Et qui tonne

et me laisse plein du souffle de toi

O rama kam.