L’AUTRE …par Sandra Tshibonge

L’AUTRE …

Ça y est ! Mes doutes  sont confirmés, mon intuition s’est mue en une réalité, elle a un visage, et pire encore un nom : Pendo. Diminutif de Mapendo, Amour en swahili  mais sa présence, a un effet destructeur sur mon Amour, unique, mon mari, le père de mes enfants, mon  Homme. C’était donc elle qui lui ravissait ses pensées, le détournait  de mes caresses , le faisait fuir mes repas ;Depuis plusieurs semaines,  il était absent,  physiquement présent certes – à l’aube et à des heures avancées de la nuit, prétextant réunions interminables et diners avec des clients-  il était pressé, toujours à agiter  ses doigts en tapotant sur ce maudit téléphone : sms par ci, sms par là, toujours ce nom qui apparaissait à l’écran lorsque par malheur il posait son téléphone sur la table et qu’il sonnait.

Ce matin là, en allant faire mes courses, mon amie Irène qui m’accompagne me l’a montré,   tout le monde le savait en ville. Elle était débout, sur le trottoir, attendant visiblement quelque chose ou quelqu’un. Elle était belle à en couper le souffle, avec la fraicheur de ses 20 ans, des cheveux courts teints en blond platine, des traits harmonieux, une bouche charnue et de grands yeux surmontés de cils interminables. Sans être mince, elle avait une taille fine, la poitrine d’une femme dont le corps n’a pas été ravagé par la maternité et la moue boudeuse d’une petite fille capricieuse… Je n’arrivais pas à détacher mes yeux de cette vision,  elle avait un grain de peau lisse et le teint clair sans être mulâtre. Ah c’est donc toi !  me dis je en mon for intérieur. Mon éducation ne me permettait pas d’aller lui parler alors que je n’avais qu’une envie c’était de la frapper fort pour qu’elle ressente autant de douleur que moi. J’eu le cœur serré, les larmes aux yeux et au lieu d’avoir mal, je me suis sentie lasse et triste. Elle n’était finalement qu’une victime de Doudou.

 Mon mari était amoureux, il en aimait une autre, plus jeune, plus fraîche donc plus désirable que moi. Dès l’instant où j’aperçus  cette Autre, ma tristesse s’est transformée en peur. J’avais peur de le perdre, lui, ma vie, mon bonheur.. J’avais peur de tout perdre. De perdre mon ami, parce qu’après 12 ans de mariage, il est devenu mon meilleur ami, mon pilier, ma sécurité. Doudou, tu es  le père de nos 3 enfants, tu es ma vie. Mes larmes coulaient, silencieusement. Je restais assise dans la voiture paralysée par le flot d’émotions et de pensées contradictoires qui m’assaillaient : Amour, Haine, dégout, tristesse, peur, partir, rester, mourir, crier….

A cet instant où tout en moi criait silencieusement :  Douleur !, où je souffrais de  la maladie de «  la femmeconsciented’êtrecocue » ,un 4×4 couleur Champagne s’arrêta devant l’Autre,j’étais aveuglé par mes larmes mais ,quand je vis Doudou descendre lui ouvrir galamment la portière pour la faire monter dans un véhicule que je ne reconnaissais pas, j’ai voulu ouvrir la portière et aller le confondre. Heureusement qu’Irène m’a retenu –«  Leyla !! tu vas te ridiculiser devant cette petite fille ? ». J’ai cru qu’on m’arrachait le cœur. «  On s’arrête à la banque de la reconstruction Kapo, me suis entendu dire au chauffeur ». « Oui madame ». Il avait compris, je devais bouger, quitter cet endroit au plus vite, sortir de cette voiture, j’étouffais.

Enfin arrivée à la banque ! Je suis descendue comme ivre du véhicule, titubant de douleur, le trajet jusqu’au guichet de la banque me sembla plus long que d’habitude, j’avais l’impression que tous me regardaient avec un air de pitié.

Après tout, il devait bien l’aimer cette Autre femme.

Doudou est amoureux d’une Autre. J’ai Peur.

 « Oui ? madame s’il vous plait, je peux vous aider ? », la voix du caissier me ramena à la réalité : depuis combien de temps étais-je debout le regard perdu devant ce jeune homme ? Je ne savais plus. Je perdais toute notion de temps et d’espace, dépassée par les évènements récents.  Une petite voix vengeresse en moi me dit «  fais lui mal ! » et la solution se trouvait là devant moi, je remplis un bordereau de retrait d’espèces de 20 000$, de notre compte commun. L’argent et les femmes font tourner le monde non ? Alors Doudou tu vas me le payer ! Je savais que ce retrait allait le déranger. Et surtout je me savais incapable d’aller prendre un amant.

 Une fois fini les 20000 $ dans mon sac, je ne me sentais pas mieux. Le simple fait de devoir arpenter la Banque une fois de plus me pesait .Je n’avais qu’une envie, aller me coucher, oui, me mettre dans mon lit en pleine journée, pour pouvoir pleurer et souffrir à l’abri des regards inquisiteurs. 

« S’il te plait Irène annule mon Rendez-vous à l’Institut, je ne me sens pas bien, je vais rentrer me coucher ». Irène a compris, elle n’a pas insisté.

Enfin seule ! Mes nerfs à fleur de peau, j’imaginais  mille  et un scénarii de vengeances, mille et une manières, de lui faire payer sa trahison, de le tuer. Je fs un tour de la maison , notre belle maison, le nid douillet que j’avais bâti pour lui, pour moi, pour nos enfants , pour nous. Mon havre de paix qui abritait aujourd’hui ma honte, ma frustration, ma douleur et pire encore ma peur. L’accueil chaleureux de nos enfants à mon arrivée m’a redonné force et confiance en moi, ils étaient le symbole de notre engagement l’un pour l’autre, de notre amour et surtout, ma plus belle réussite. J’ai senti une force en moi venant du plus profond de mes entrailles, la force de me battre, la force de récupérer Mon Mari, la force de lui pardonner et de préserver ce qui était à moi, ce qui était à NOUS.

Après tout, l’Autre n’était qu’une femme comme moi, elle n’avait rien de plus. J’ai été jeune mais elle n’avait pas les années d’expérience qui font de moi TA Femme Doudou.

Deux mois sont passés depuis, Doudou a certainement remarqué le trou dans nos finances mais il ne m’en a pas parlé. Etait-ce là le prix de mon silence ? Sans aucun doute. Par solidarité masculine, mon chauffeur lui avait certainement parlé de l’incident. Donc il savait que je savais.

 Mon mari est toujours là, plus présent, amoureux comme au premier jour, comme un coupable essayant de se faire pardonner une faute inavouée. Et moi , je prends soin de mon corps, j’ai pris 3 semaines de vacances seule  après l’évènement : Dermo esthétique et botox à Bruxelles, cure d’amincissement à Biarritz, relooking à Paris, j’ai l’air d’avoir 25…heu 30 ans. Le jour de mon arrivée, Doudou a fusillé du regard tous les hommes qui m’admirait et dans son regard j’ai cru reconnaître cette fameuse peur qui a motivé ma transformation physique.

Quand à l’Autre, j’ai appris qu’elle était la victime d’un autre chasseur de « diskette », faisant une autre femme cocue…Mon couple à moi est sauf…enfin, jusqu’à la prochaine fois !!! Ah ces hommes !!!

3 réflexions sur “ L’AUTRE …par Sandra Tshibonge ”

  1. Sandra, c’est super beau!

    Ceci devrait donner du courage à toutes les femmes cocues…Et

    bien sur à tous ces salauds qui n’arretent pas de nous faire du

    mal mais que nous aimons quand meme comme des dingues!

    Bisous.

  2. Merci nabou, je deviens dingue de cette femme, elle ecrit si simplement et , est tellement proche de la réalité.
    Je vais la rechercher en librairie…
    Kissss ma cous!

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