Paul, je m’en vais par Sandra Tshibonge

sandra_tshibongePaul, Je m’en vais. Il continua à  parler comme si de rien n’était, comme si je n’avais rien dit. C’est vrai, c’était peut être la énième fois que je proférais cette menace tel un refrain usé. Mais aujourd’hui, je suis  plus calme et dès mon  réveil ce matin, cela m’est apparu comme une révélation… notre histoire était un leurre, je dois partir, le quitter et vivre MA VIE.  Je le regardais alors se rhabiller , et cela me frappa de voir comme il avait vieilli. Paul  avait 20 ans de plus que moi, et aujourd’hui , il les faisait.Moi , J’ai eu  40 ans la semaine dernière et lui en aura 60 dans 2 mois…Je viens de réaliser ENFIN le fait qu’il EST VIEUX.

Pendant que mes pensées s’égaraient, il me parlait de sa fille, celle qui avait 10 ans quand on s’est connu ; elle LEUR a  présenté son fiancé hier…Paul était tout heureux à la perspective de devoir préparer le mariage de LEUR fille. Je me sentais étrangère à toute cette euphorie, exclue. Et en effet, je le suis, je ne suis qu’une étrangère : je ne suis pas sa femme, je ne fait pas partie de sa famille je ne suis même pas son amie. Par conséquent, je ne serai pas invitée à toutes ces festivités familiales.

Je me revoie encore, 15 ans en arrière,  quand je l’ai rencontré : il était beau, riche et fol amoureux de moi. Il me dragua pendant des mois et moi, sachant qu’il était marié et je ne voulais pas d’une histoire sans issue…il me parla de son mariage qui –selon ses dires- n’en était plus un, de son prochain divorce et j’ai cédé…Et 15 ans après, j’attends TOUJOURS, son mariage en est  toujours UN  et un des plus  solide…et moi ?

J’ai 40 ans. Ma mère m’a dit l’autre jour :

       « je suis triste parce que je vois tes belles années derrière toi mais j’espère ma fille que tu as de quoi assurer celles devant toi. »

ça m’a blessé, mais elle avait raison…j’avais refusé de nombreuses  propositions, des sérieuses, des moins sérieuses et des pas sérieuses du tout.Et tout cela rien que  pour lui, pour nous… Au final, pour rien.

Heureusement, que venant d’une famille où la plupart des femmes sont des commerçantes, j’ai  suivi le tempo familial…je suis une commerçante, une battante et en 15 ans je me suis constitué une belle petite affaire et quelques économies substantielles…j’avais assurée mes arrières. Certes, Je n’ai pas de mari mais j’ai mon argent…je n’avais pas tout perdu.

Qu’est ce qu’il venait de me dire ? Je n’écoutais pas, j’étais perdue dans mes pensées, mes souvenirs et mes projets d’avenir…ah il me demandait ce que je faisais ce midi…oh pas de projet précis, lui ai-je répondu… 

 -« Alors on mange ensemble, il y a Ibrahim, qui est de passage en ville .»

C’était donc ça mon rôle : jouer à la poule de Mr le Coq. Je suis une belle femme et depuis des années, il adorait se pavaner avec moi devant tout le monde, j’étais probablement le plus beau de ses bijoux…

-« Ah Ibrahim !  Comment va-t-il ? »Ai-je dit afin de gagner du temps

J’avais en fait d’autres, des projets pour midi et il n’en faisait pas partie…

-« Peut  être ce soir je suis fatiguée et je crois que j’ai besoin de voir le médecin » phrase échappatoire

– « Oui, c’est une bonne idée ,tu as une petite mine depuis quelques temps, tout va bien ? » Me dit-il.

Je l’ai regardé et je me suis sentie lasse, lasse de l’entendre, lasse de l’attendre… 

-« Paul, » lui ai-je dit.-«  Je suis enceinte, je te quitte ».

Il me  regarda les yeux écarquillés, en disant : – « Enceinte ? Et que comptes-tu faire ? » J’était à deux doigts de le gifler et j’ai répliqué nerveusement -« j’ai 40 ans , 40 ans et enceinte, qu’est ce que tu crois que je compte faire ? » 

-« Nous devons en discuter. Ma fille se marie et ce n’est pas à mon âge que je vais m’occuper des couches.» Mauvaise réponse Paul pensais je en mon for intérieur. Et sans aucun tact, il continua :

-« Tu me déçois, après toutes ces années je n’aurai pas cru que tu me ferais un enfant dans le dos. »

Ah cette culpabilité qu’il avait l’art de susciter en moi, c’était de ma faute maintenant. Quand on ne veut pas d’enfants on prend ses précautions, Monsieur. Je voulais un enfant et je n’en prenais pas… A mon silence, il comprit ma décision, parce qu’il me lança un de ses sarcasmes tranchant :

– « sois sure de ta décision parce que je ne veux pas être avec une femme en qui je ne peux pas avoir confiance ».

 Et c’est à cet instant là que j’ai vraiment vu qui il était et qui j’étais. C’était Paul, un homme, égoïste, marié et vieux. Moi, A., 40 ans, encore belle, encore jeune, n’avait pas besoin de lui pour être heureuse et me sentir femme. Et je venais de réaliser après quinze années de frustrations que

Nous n’avons pas besoin d’eux.

4 réflexions sur “ Paul, je m’en vais par Sandra Tshibonge ”

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